Y’a des artistes qui en ont rien à foutre de la promo, des réseaux sociaux, du YouTube Game et de tout ça. En pleine nuit, j’ai reçu une alerte sur mon téléphone via l’appli Bandcamp pour m’annoncer la sortie de ce Leather Teeth de Carpenter Brut qu’on attendait depuis trop longtemps ! En effet, III, la dernière partie de Trilogy, est sorti en Janvier 2015 et depuis on n’avait aucune nouvelle si ce n’est quelques morceaux pour le jeu Furi, le single Night Stalkler (pour Rise of the Synths) et quelques exclus de CARPENTERBRUTLIVE.
Seulement 8 titres au compteur de cette nouvelle offrande, mais 8 titres qui vont certainement faire parler d’eux : le Brut prend une nouvelle orientation unique qui ne manquera pas de surprendre ses fans et la scène Synthwave toute entière.
Là où la plupart des artistes DarkSynth tentent de sonner toujours plus lourd, toujours plus noir, plus glauque et plus crasseux, Carpenter Brut s’éloigne lui de tout ça et revient au bon vieux son festif et entraînant du Heavy Metal des années 80’… d’où le cuir, les vestes à clous, les casquettes à la Judas Priest, tout ça quoi. Pour certains, ça sera une forme de trahison de la part d’un des piliers du genre… Pour d’autres, cette nouvelle orientation sera une bouffée d’air frais fun et dansante. On a eu besoin de quelques jours pour bien digérer l’album, mais voilà on est prêts à vous le décortiquer pour vous maintenant.
Hell Bent For Leather
Comme pour ne pas perturber ses fans, Leather Teeth ouvre l’album dans le Carpentisme Brutal le plus classique. Que ce soit les sons, les harmonies, le travail sur les mélodies, la patte de l’artiste est immédiatement reconnaissable. Jusqu’ici, tout semble normal… mais dès la seconde piste Cheerleader Effect tout bascule !

Kristoffer Rygg
Et là, je vais devoir faire un petit aparté parce que ce qui arrive est juste gigantesque. Dès l’apparition des vocaux sur cette seconde piste, mes oreilles et mon cœur ont sursauté ! Impossible de se tromper : il s’agit bien de la voix de Kristoffer Rygg. Et si vous ne savez pas qui est ce Monsieur (aussi connu sous le pseudonyme de Garm), alors vous manquez l’un des artistes les plus importants de notre génération. A l’origine du groupe de Black Metal polymorphe Norvégien Ulver, il a aussi été chanteur pour Arcturus et Borknagar (entre autres), sans parler de son travail de producteur et de mercenaire pour des groupes majeurs (Darkthrone, Dødheimsgard, Emperor, Ihsahn…).
Un monsieur on ne peut plus au fait en ce qui concerne les musiques sombres, vous en conviendrez. Néanmoins, son projet à lui, Ulver, est assez vite sorti du carcan Black Metal et est parti explorer de nombreux et variés genres musicaux pas toujours définissables. La collaboration avec Carpenter Brut vient sûrement du fait que son dernier album The Assassination of Julius Caesar est carrément Synthwave. Il s’agit d’un album extraordinaire soit dit en passant, écoutez le… Et si vous êtes bi-classé Metal/Darksynth et que vous voulez découvrir d’autres de ses albums, je ne peux que vous conseiller le grandiose The Sham Mirrors d’Arcturus (probablement dans le Top 10 de mes albums favoris ever) et le mystérieux et magnifique Perdition City d’Ulver. Tout ça pour vous expliquer un peu comment j’étais à donf’ quoi… Parce que ce mec, c’est un peu l’une de mes idoles de toujours.
Revenons en à Cheerleader Effect : après l’intro sautillante, on a le “Signature Sound” CB utilisé comme le serait celui d’une guitare heavy. Des accords lents et puissants accompagnent la voix de Kristoffer Rygg qui teinte immédiatement la chanson de son bleu gris puissant, mystérieux, onirique et nostalgique à la fois. Lorsque le refrain arrive, la voix s’intensifie et colle des frissons avant de retomber avec un passage complètement Supertramp dans l’esprit (ce synthé est forcément un hommage, impossible autrement !) et de repartir de plus belle, toujours plus intense, profond et fort. Un morceau qui m’a laissé complètement en PLS de bonheur, c’est pas tous les jours que j’ai la chance de voir 2 héros accoucher d’un morceau ensemble… Merci CB pour la surprise !
La tension retombe avec Sunday Lunch qui rappelle un peu Paradise Warfare dans l’ambiance super Chill et ensoleillée. Loin de toute violence ou noirceur, on est ici tranquillement en train de siroter un cocktail au bord d’une piscine à Miami. Un morceau ultra classe où les différents instruments viennent chacun leur tour taper un petit solo pendant qu’une basse continue de groover et de slapper en arrière-plan. Une petite pause bienvenue, mais les affaires reprennent avec Monday Hunt. Ceux qui aiment les boucles de synthés infinies et les mélodies compliquées qui tournent sans fin vont être aux anges. Comme l’a dit un ami en l’écoutant “C’est du gros SynthPorn ce morceau” ! Difficile de mieux le décrire, en effet, mais il ne faudrait pas oublier les shreddings bien rétros qui accompagnent cette farandole !
Rock You Like A Hurricane
Inferno Galore prend la tête de cette deuxième partie de l’album, et imaginez une version mutante boostée au Brut du célèbre thème de Midnight Express, avec de la guitare Wah Wah derrière qui donne tout de suite un côté disco à la piste. Encore une fois, c’est pas vraiment sombre, mais on en a plus vraiment grand chose à faire quand on se rend compte qu’on est déjà en train de se dandiner et de taper le rythme du pied.
Autre piste chantée Heavy as Fuck, Beware the Beast est un autre gros coup de cœur de l’album pour moi. Le refrain est supra méga catchy et je suis persuadé qu’en live y’a des salles de concert qui vont prendre feu spontanément avec une telle patate. Tout hurle le Metal des années 80 dans cette chanson, mais sans jamais sonner “ringard” ou “cheesy”. Carpenter Brut a su extraire tout ce qu’il y avait de bon dans ce genre, se débarrasser du gras autour et rajouter sa tambouille pour créer un hit qui donne envie de sortir le petit gilet clouté en cuir noir brillant et de ne même pas avoir honte.
Et pour ça il a encore compté sur un invité de qualité puisqu’il s’agit de Mat McNerney, lui aussi un transfuge Metalleux (Beastmilk, Grave Pleasures, <code>, Dødheimsgard…). Comme Rygg, c’est un artiste multi-cartes aux possibilités vocales énormes, il officie aussi bien dans le rock gothique (écoutez l’album Dreamcrash de Grave Pleasures ! Le single New Hip Moon est extraordinaire) que dans le Black élégant (Resplendant Grostesque de <code> est lui aussi un de mes albums de référence…). Que de beau monde !
Avant dernier morceau, Hairspray Hurricane donne le synthé festif à la limite du Workout, mais soutenu par une gratte affûtée comme un rasoir. Le résultat est une explosion et on ne sait jamais trop si on doit pogotter ou balancer ses jambes en avant les mains levées (oui, comme dans les années 80, bordel, je parle pas du Jerk : vous êtes sur Synthspiria là, suivez un peu !). Un pur moment de bonheur instrumental de 5 minutes 30 (le morceau le plus long de l’album) qui se finit sur un coup de tonnerre (littéralement). Il reste encore un morceau, mais la tempête est passée.
Comme son nom l’indique, End Titles est fait pour accompagner le générique de fin. A l’instar de Sunday Lunch, on a une vibe très plage et caliente accompagnée de nombreux solis de synthé et de guitare. Dans sa seconde partie, le morceau monte en intensité (avec toujours plus d’accords en back-up de la mélodie principale) ce qui nous sort un peu de notre farniente mucho tranquillo avant de finir sur des chœurs un peu religieux flippants… Une ouverture vers le prochain album ? Peut-être… suite au prochain épisode !
Balls To The Wall
Alors ? Vous en pensez quoi : trahison ou bouffée d’air frais ? A titre perso, je trouve ça assez malin car Carpenter Brut a un véritable groupe de musiciens à sa disposition (talentueux qui plus est) et il aurait été vraiment dommage de ne pas plus les mettre à contribution.
Un album de SynthRock rétro, c’est tout nouveau, personne n’a encore tenté l’aventure et cela permet au barbu le plus connu de la DarkSynth de conserver une longueur d’avance dans le domaine. Voilà qui ne devrait pas déplaire non plus aux metalleux qui suivent l’actualité DarkSynth mais qui ont du mal à s’éclater en live face à un mec tout seul derrière son matos électronique sans vrais instruments pour l’accompagner… Et je ne parle même pas des guests de choix : c’est plus qu’un appel du pied à ce niveau !
Carpenter Brut mélange les genres, brouille les pistes et explose les frontières : une démarche ambitieuse mais aussi courageuse. Leather Teeth est un album qui s’adresse avant tout aux fans de Rock / Metal et qui risque de désorienter ceux qui ont des origines plus “électro” ou “synthé pur”, mais il serait dommage de passer à côté de titres aussi ballsies et entraînants que ceux là même s’ils sont moins Horror Synth / DarkSynth que ce à quoi nous nous attendions tous.
L’album reste accessible à tous même s’il se dégustera peut être mieux en ayant le background et les connaissances musicales nécessaires à une meilleure compréhension de ce que Carpenter Brut tente de bâtir.
Une chose est sûre, je suis prêt à parier que ces nouveaux morceaux feront un véritable carnage en live… On n’aura pas à attendre longtemps pour le savoir de toutes façons puisque la tournée commence dès cette semaine ! Sortez de votre trou et allez le voir, ça va sentir le pétrole, le cuir et la laque pour les cheveux !