Je vous présente aujourd’hui Sanctuary. Un truc bien posé qui m’a donné l’envie d’écrire. Chez Synthspiria, on a tous nos petites spécialités de genres de Synthwave. Entre les experts de gros sons gras et baveux (Kuja et SoKk), les surdoués de la Synthwave expérimentale (Andros et The 80’s Guy) et les passionnés d’un peu tout (Synthwaved et moi-même), j’ai choisi aujourd’hui de vous présenter un vieil album paru fin 2013, d’un artiste que je ne connaissais pas il y a quelques jours. Mais cela fait très longtemps que je n’avais pas eu de coup de cœur aussi dévastateur pour mon esprit, déjà bien attaqué par le dernier album d’AWITW.
Cet EP de 7 titres disponible sur Bandcamp est un retour aux sources de la Dreamwave, un univers très spatial, une virée cosmique entre la Synthwave et le Post Rock court mais intense. Tous les titres ont leur propre originalité, leur propre essence pittoresque, leur propre construction basée sur des longues notes résonnantes, des départs en puissance soudaine grâce aux percussions finement dosées et toujours une émotion vive, qui restera ancrée dans vos mémoires comme le genre d’albums qu’on aimerait entendre plus souvent.
Le souci avec la Synthwave, c’est que les artistes rentrent progressivement dans une parodie des années 80 et de ces univers futuristes. Peu d’artistes arrivent à ramener leur spectateur dans leur propre monde, c’est le cas d’Infinity Shred, cet aventurier du clavier qui aime faire résonner le produit de sa créativité, à travers cet EP ordonné, doté d’une puissante personnalité. Vous voilà absorbé, harmonisé, affamé par 7 morceaux redoublant tous d’ingéniosité. Servez, dégustez.
Reposez-vous sur le sanctuaire d’autoroute
L’avantage de cet album comparé à ceux précédemment critiqués, c’est que celui pourrait soigner les dépressions et le manque de confiance en soi. La couverture est unique en son genre. Le titre de l’album représente la pochette, un sanctuaire d’observation, de repos et de calme. L’image de cette pochette est une retranscription graphique des 7 morceaux. Tous calmes, tous reposants, tous agréables autant en soirée love que dans votre fauteuil, après 8 heures de comptabilité et de finances. Seul ou à deux, cette expérience est unique. Je n’ai pas ressenti en plus d’un an les mêmes émotions entre Sanctuary et un autre album.
Le premier morceau Kodiak est une entrée en matière de luxe. Un concentré lunaire de 6 minutes et 16 secondes, qui garde la même base tout du long pour annoncer le second morceau Void Ripper, se montrant un peu plus pêchu que son petit frère d’avant. Ce genre de son, je le verrais bien sur un jeu comme Céleste ou un plateformer profond et hardcore à souhait. Vers les deux minutes de ce second morceau, on comprend pourquoi je parlais de Post Rock. La douce mélodie à la guitare acoustique donne le ton, elle est infime et très délicate mais n’est qu’un ingrédient délicieusement placé dans cette composition, qui se termine peu après.
La troisième pépite Shadow Jeweler se base sur la même construction que les deux premières tracks (A-B-C “2 temps” B-C “2 temps” B-C), on comprend alors que l’ensemble de l’album ne pourrait contenir qu’un seul morceau et que celui-ci est divisé en 7 parties. Mais chacune de ces parties rajoute un élément. Ici, c’est la guitare électrique et le tourbillon du synthétiseur qui nous expédie en pleine voie lactée, pour ensuite lentement redescendre vers le 4ème morceau.
Straylight est un peu passé inaperçu pour ma part, j’ai du mal à le voir comme un morceau à part entière, plutôt une interlude entre la partie 1 (Track 1 2 3) et la partie 2 (Track 5 6 7). Enfin, elle est excellente pour ne pas s’attendre au torrent d’émotions de Mapper, le 5ème morceau de l’album Sanctuary. C’est une longue montée en douceur, comme un Roller Coaster vers l’espace, où les petits nuages roses et les étoiles brillantes accompagnent votre voyage, où les oiseaux et les fragments de météorites tourne autour de votre wagon en métal, les sensations sont là, le morceau est bel et bien le cœur de Sanctuary.
Vers l’infini et au-delà
Contexte lors de l’écoute du morceau n°5 : vous regardez un film de science-fiction, on y découvrirait le twist de l’histoire, où le panorama explosif d’un vaisseau, l’étendue phénoménale d’un paysage aquatique, d’une petite planète aux aurores boréales multicolores nous défoncerait les yeux pendant 5 minutes. Les notes sont répétées tout du long, mais les éléments musicaux s’ajoutent tout du long, comme des pièces de puzzle éparpillées au milieu d’une gravité lunaire s’assemblent doucement, les unes après les autres et forment une merveille du monde, éclatante de beauté céleste, une rayonnante joie anime les spectateurs du prodige, les larmes s’écoulent doucement, les mâchoires se décrispent, la guerre cesse, les morts se désagrègent en paillettes multicolores immatérielles, les gens ferment les yeux, pleurent, ne pensent plus à rien, soufflent et respirent comme si leur vie allait se stopper dans une minute.
Cette minute leur paraît extrêmement longue, comme une éternité où toutes les pensées négatives ne seraient que des poussières dans cet espace si grand, si vide, si sombre, où les âmes et les planètes ne constitueraient même pas un milliardième de pourcentage de toute cette place. Tout est fini, tout n’est que néant, tout est présent pourtant, le sanctuaire est là, il vous cueille comme des baies mûres, vous cajole, vous rassure, vous infuse d’une chaleur sans nom, d’une présence incroyablement sécurisante, le sanctuaire vous aime, peu importe votre vice, vos faits, vos gestes, vos idées. Le sanctuaire est là, acceptez-le. Mais vous y êtes déjà.
Tourist ne clôt pas Mapper, il vous aide juste à vous rendre compte que l’expérience que vous avez vécu n’est pas une honte, un fardeau. C’est une longue traversée du désert, et vous êtes fier de l’avoir traversé sans faillir, d’avoir accepté l’aide du Sanctuaire. Le lieu vous paraît familier, comme ces doux souvenirs d’enfance, où vous dormiez près de vos parents, près de votre animal de compagnie, où la chaleur des corps soignait vos blessures physiques et mentales, où la douceur des attentions à votre égard était pure et bienveillante. Le morceau est doux, très bonne outro de Mapper, le synthé est ultra bien dosé, la montée en puissance n’est pas la même que son prédécesseur, juste très puissante à certains moments.
Le voyage commence un jour et se termine un autre jour. Il a commencé voilà des secondes, des années, des siècles voire jamais, vous êtes né pendant le voyage. Vous avez navigué, à bord de votre moyen de locomotion cérébral, vous avez ressenti des émotions, cela a eu des effets sur votre corps, sur votre peau, vos muscles, vos yeux, vos cheveux, tout s’est accordé comme une seule et même mélodie, vous avez vécu tout cela comme une renaissance, une expérience ou juste une histoire à raconter à vos amis comme vos ennemis. Le voyage va s’arrêter pour certains et commencer pour d’autres, le morceau n°7 de l’album s’intitule Sanctuary.
Comprenez vous le sens de tout ceci ? Il n’y a jamais eu de sanctuaire a proprement parlé. Vous êtes une partie du sanctuaire, votre vécu et votre ressenti ont construit un lieu spirituel où vous vous êtes engouffré et réchauffé. Le voyage est une partie de vous-même, vous êtes libres maintenant de le poursuivre ou de l’arrêter, mais vous êtes aussi libres d’y revenir quand vous le voulez. Ce morceau est le résultat final tant attendu de cet album majestueux. Aucun autre album m’a donné autant l’envie d’écrire que celui-ci. Je veux retrouver ces sentiments de première écoute, je veux entendre Infinity Shred me noyer dans ce torrent sonore incroyable encore des milliards de fois.
J’ai aimé Sanctuary, je l’ai adoré et j’y retournerai. D’ailleurs, j’y ai toujours été. Je n’en suis jamais parti, mais j’ai ouvert les yeux. Et je vis dorénavant.