Cela fait un petit moment qu’on avait pas écrit de chronique sur Synthspiria. Une question de temps dans un premier temps, puis d’envie après tout, il faut bien l’avouer. Il faut dire que de trouver les bons mots et les mots justes sans l’envie, sans se répéter au travers d’un genre devenu codifié et au renouvellement lent - bien que présent-, ça n’est pas toujours si simple, à défaut de tomber dans quelque chose de plus générique au dépend du passionnel.
Une envie qui s’estompe parfois, laissant présager une pause dans l’écoute du genre, sans l’abandonner. Non pas une pause totale, mais plutôt une pause partielle, permettant de s’immiscer dans d’autres genres ou artistes issus d’autres milieux pour mieux se ressourcer et découvrir de nouveaux paysages musicaux. Cela fait du bien, et permet de revenir un peu plus fort et plus enjoué à redécouvrir certaines pépites qu’on aurait pu louper, par moins d’investissement et d’efforts à creuser dans les publications quelque peu obscures (dans le sens, pas facile à trouver) de Bandcamp et autres plateformes de streaming.
De découvertes en découvertes, la lumière d’un soleil couchant
Trève de bavardages et de justifications peu convaincantes, au risque d’avoir une introduction plus longue que la chronique en elle-même… Aujourd’hui, place à la découverte, ou la redécouverte pour les plus aguerris d’entre-nous… On va parler du binôme pocket palma !
Il aura suffit d’un simple petit coup d’oeil au flux d’activités des fans sur Bandcamp pour être interpelé par une recommandation d’Isidor (qui a d’ailleurs sorti son nouvel album en ce début de mois, ‘Red Gem‘) sur un album à la pochette certes vue et revue : palmiers, piscine, soleil couchant barriolé, typograhie handmade façon néon rose à la Endless Summer de The Midnight, les couleurs vives, le grain 80s et j’en passe. Pas de doute, on est en territoire connu… A la différence que le nom du groupe associé, pocket palma, n’avait jusqu’alors jamais atteint mes tympans.
La Synthwave croate s’élève brillamment
Originaire de Zagreb, en Croatie, pocket palma est un groupe relativement récent, et donc visiblement peu connu tant il nous est passé sous le nez. On se devait rectifier cela, même des mois et des mois après. Et parmi la découverte de pocket palma, on découvre ainsi qu’il s’agit d’un autre projet du duo, subtilement intitulé Side Project, déjà ancré depuis 2012 dans un genre disons plus “Dark Pop”, et tout aussi intéressant. Un groupe qui a donc évolué et projeté pocket palma pour y intégrer des nuances 80s et un brin de nostalgie.
Un choix assez noble et osé tant la fuite du genre est propice en ce moment : la faute à un public peut-être trop hermétique à l’évolution ou la nouveauté ? A certains artistes qui s’enferment dans le genre codifié et peinant à se renouveler de peur de perdre leur public ? Lassitude ? Difficile d’y répondre et la question mérite d’être posée. Ceci étant dit, cela évolue, et certaines personnes le font très bien tandis que d’autres font toujours très bien ce qu’ils font depuis maintenant dix ans dans le genre Synthwave. Bref.
Octobre 2019, le binôme sort leur premier single godišnji, décliné en quatre versions, l’originale bien sûr, ainsi qu’une version Twilight, Midnight et Dawn.
Une première excursion qui présageait dès lors un renouveau du groupe intéressant à suivre de par son style qu’on pourrait résumer en deux caractéristiques simples : une instrumentale légère s’immisçant dans des teintes Dreamwave, et des chants croates au timbre Cold Wave & Synthpop qui ne pouvaient que satisfaire mes oreilles en cette période, ayant eu une grosse période, encore bien active, de Post-Punk/Cold Wave/New Wave venue de l’Est (Nürnberg, Human Tetris, Ploho, Galatée…). Petit aperçu avec ce premier single.
Le mois suivant, le binôme remet le couvert avec son second titre ono što nam inače nedostaje (ce qui nous manque normalement, merci Google pour la traduction approximative quand bien même plus explicite à mes yeux de français paumé) , pour finalement sortir son premier album éponyme en décembre dernier : pocket palma.
pocket palma par pocket palma
Incluant 11 pistes, pocket palma détonne par ses instrumentales variées, ses mélodies rêveuses ainsi que ses lignes de synthétiseur côtoyant parfois même quelques petites élancées de solo de guitare comme sur godišnji ou sur kako izgleda kraj.
Mais pas que, pocket palma détient particulièrement sa force par ses chants et la beauté globale de ces derniers.
Personnellement, je comprends absolument rien à ce qui est dit à travers les paroles, pas même les titres, je ne me ferai juge de la profondeur des paroles donc, mais il faut bien avouer que c’est très plaisant à écouter, la langue est particulièrement belle. Cela confère un ensemble parfaitement bien équilibrée et maîtrisée. que ce soit à travers la voix plutôt barytonne et légèrement mortifère de Luka Vidović (nous transportant dans une dynamique proche du Post-Punk et Cold, comme sur le morceau tko smo ti i ja) ou par la voix claire, douce et envoûtante de Anja Papa, qui nous ramène plus exactement dans une ambiance Synthpop.
Si vous êtes amateurs de Synthpop & de Dreamwave, de Synthwave avec des vocals, que vous aimez les petites teintes et sonorités typées Cold Wave ou Post-Punk par-ci par-là, la beauté des langues de l’est (ici, le croate), alors vous êtes au bon endroit pour découvrir pocket palma. Et même si ça n’est pas le cas, ça vaut tout de même le détour.
Pas de doute, si on avait pu découvrir cet album plus tôt, à sa sortie l’année dernière , il aurait été certain qu’il aurait fait partie de notre top des albums de l’année 2019. C’est amplement mérité et on peut que vous inviter à l’écouter.
Egalement disponible sur Bandcamp (avec cassette audio, CD et vinyle).