Faisons le point. Sur 6 articles écrits pour ce site, dont celui que vous êtes en train de lire, 4 parlent de productions sorties de chez Blood Music. Je dois l’avouer, je n’ai pas le talent de fouineur d’un SoKk, ni la connaissance pointue du milieu comme le chef de cette rédaction, ni même un maillage dans les recoins les plus sombres du web comme Andross ou Oignon. Je suis une sangsue musicale. Quand un artiste ou un label me plait, je m’y greffe jusqu’à l’écœurement. Et bon sang, Blood Music ne m’aide pas à décrocher. Chacune de leur grosse sortie en ce début d’année me régale au plus haut point, et ce n’est pas Direct Memory Access de Master Boot Record qui me fera désavouer cet amour.
Danse avec les bloups
Si vous aimez les cross over douteux, que vous êtes un gros nerd et un amateur de Metal, déjà laissez moi vous recommander le groupe Horse The Band, ensuite vous avez sûrement entendu parlé de Master Boot Record. Ses remix de musiques de jeux emblématiques comme Doom, Castlevania ou Duke Nukem sont trouvables assez facilement sur les tubes et il serait franchement dommage que vous soyez passé à côté. Si c’est le cas, hop, séance de rattrapage.
Fond noir, commandes DOS en guise de titres d’album, visuels mélangeant hardware, interfaces logicielles et symbolique ésotérique, Master Boot Record pose en un clin d’oeil son ambiance singulière. Ici, vous allez entendre tous les cercles de l’enfer jouer au gameboy ensemble, par cable link. Les blip bloups démoniaques d’une chiptune calibrée se marient à merveille aux riffs ravageurs et aux batteries qui tabassent pour vous livrer un son unique et reconnaissable immédiatement. Peu nombreux sont les groupes réussissant de manière convaincante à mélanger ces deux univers sonores si distincts. Croyez moi, ça fait des années que je cherche. Et bien Master Boot Record y parvient à chaque fois avec une justesse incroyable.
Öxxö puccino
Déjà près de 2000 signes et je n’ai pas encore parlé de l’album. Nom de zeus. Faisons donc l’impasse sur la discographie de MBR (que vous trouverez sur son bandcamp) pour nous attarder sur Direct Memory Access. S’il serait juste de dire que la recette reste la même, ça serait extrêmement réducteur et occulterait la réelle nouveauté de l’album, ce qui fait son âme : la voix.
Master Boot Record s’accompagne pour la première fois d’un chanteur pour renforcer l’ambiance de ses titres et il ne s’agit pas du premier péon qui passait par là. La quasi totalité des titres sont portés par nul autre que Öxxö Xööx, chanteur que l’on retrouve entre autre sur les albums d’Igorrr, le groupe de breakcore français. Sa voix est inégalable. Tantôt lyrique, tantôt hurlée, parfois growlée, sa gamme de chant est d’une variété à couper le souffle. Il est capable d’alterner des moments doux et larmoyants dignes d’un opéra avec des phases typées Black Metal. C’est un régal.
Sauvé par le Kong
N’imaginez pas qu’il s’agit d’un simple rajout fait à la va vite pour donner du corps aux morceaux de Direct Memory Access. Les morceaux sont composés et taillés sur mesure pour la puissance vocale du viking bariolé de bleu. Les arpèges de chiptunes font place à des riffs distordus à mesure que le chant se tord et prend sa force. Il suffit d’entendre DMA 1 SOUND CARD 8-BIT, le deuxième morceau, pour comprendre que tout a été pesé pour trouver l’harmonie parfaite entre les univers des deux artistes. On assiste même à des variations de mixage pour passer la voix du second au premier plan afin de l’utiliser parfois comme simple instrument et à d’autres instants comme l’imposant lead qu’elle est. C’est le cas sur DMA 2 FDD CONTROLLER. Certains morceaux, comme DMA 4 CASCADE ont un merveilleux jeu de réponse entre voix et chiptune où les accords se parlent, renforçant le côté hypnotique des vocalises d’Öxxo Xööx.
Néanmoins, cette voix, aussi formidable soit elle et aussi un peu la faiblesse de l’album. Elle est tellement unique et reconnaissable que l’on peine à se séparer de l’image d’Igorrr, faisant presque passer Direct Access Memory pour un side project du groupe. On retrouve même le petit gimmick tellement breakcore de la voix saccadée et hachée numériquement pour coller aux riffs et aux coups de caisse claire. L’album en perdrait presque l’identité de Master Boot Record. Heureusement, la variété des morceaux parvient à faire oublier cet aspect et les vagues de son 8-bit viennent nous rappeler chez qui on est.
Il est intéressant, ou triste, je vais partir sur triste… Il est triste de constater que cette voix a fait débat au sein des auditeurs à tel point que le label a sorti il y a peu une version purement instrumentale de Direct Memory Access sur youtube. De fait, on perd quelque chose qui faisait l’essence de l’album mais, hey ! Tout le monde est content comme ça.
New Wave of Retrowave
Et la synthwave alors ? On est pas un site d’opéra chiptune pour chevelus aux odeurs de dessous de bras tenaces ! D’abord, il faut que vous sachiez que l’on s’est pas mal posé la question de savoir si cet album devait être traité ici, tant il n’a pas grand chose à voir avec les nappes de synthé dont on a l’habitude de parler. Pourtant, certains titres ont cet aspect purement darksynth à base de grosses basses qui claquent et de synthés sombres et pesants.On pense par exemple à DMA 5 HARD DISK ou DMA 7 SOUND CARD 16-BIT. Il faut parfois bien chercher cet aspect sous la tonne d’effets sonores, mais on ne peut pas enlever cette âme synthéthique à l’ensemble. Après tout, l’artiste définit lui même son album comme étant la “New Wave of Synthesized Heavy Metal”, revendiquant cet héritage retrowave de tout son être.
Directly Moving Asses
Direct Memory Access est un item atypique comme aime en sortir Blood Music. Je ne saurais pas vous dire si Master Boot Record a sa place sur un site de synthwave. Je ne pourrais même pas le ranger dans une petite case d’un genre pré-existant. Ni même le qualifier comme un hybride quelconque. Ce que je sais, c’est que si vous avez un tant soit peu d’affinité pour les musiques amplifiées avec des gens qui hurlent ou avec les vieilles bandes son de l’époque des jeux 8-bit, cet album devrait vous plaire. Il mérite au moins votre écoute attentive. Et puis, si on en croit le public tout de noir vétu que l’on croise à chaque évènement synthwave, nul doute que cet album, aussi singulier soit-il, saura trouver son public.
On m’indique dans la traditionnelle oreillette fictive que si vous aimez l’indus un peu plus traditionnel, Master Boot Record possède un side project pas piqué des hannetons sous le nom de Victor Love. Avis aux armateurs.
Ecouter Direct Memory Access de Master Boot Record
Direct Memory Access by MASTER BOOT RECORD