On se souvient toujours de nos premières fois. Les premiers émois amoureux, les premiers baisers, la première fois que papy se déshabille dans votre chambre, les premières douleurs rectales… Ma première fois avec la Synthwave c’était un album de Carpenter Brut dont nous ne parlerons pas ici. En revanche, mon tout premier concert de ce genre nouveau à mes oreilles c’était à Nantes et je m’apprêtais sans le savoir à recevoir une claque de la part de Carbon Killer.
Moi qui étais habitué à la violence des mosh pit de concerts de Hardcore, je découvrais une autre ambiance, une nouvelle façon de bouger, et sur scène, une autre façon de s’adresser au public. C’est aussi là que je rencontrais pour la première fois le chef de cette rédaction que je rejoindrais quelques semaines plus tard.
J’appris par la suite que Carbon Killer et moi même avions un point commun. Mon premier MMORPG. Mieux ! Le loustic était passé dans les rangs de ma première guilde ! Tout naturellement, je me suis penché sur l’actualité de cet énergumène et j’ai suivi ses productions. Et aujourd’hui arrive son premier EP ! Il n’en fallait pas plus pour que j’écrive sur ce site ma première review.
The last Stand
La première minute du premier morceau commence mollement. L’ambiance se met en place, le décor s’affiche peu à peu sous nos yeux. Les basses montent, la mélodie progresse et on se retrouve embarqué sans le savoir dans l’univers sombre et sale de Carbon Killer.
Les premières notes se dessinent, lentement, en douceur. Soudain, les premiers kicks et nous voilà parti. L’ascension de ces montagnes russes touche à sa fin et il est temps de partir sur les rails à tout berzingue.
On virevolte, on est pris dans le rythme, les pieds bougent, puis la tête. Les effets s’accumulent et l’on ne touche rapidement plus terre. Cette sensation d’euphorie va continuer jusqu’à 02:30 où soudain les choses s’assombrissent. On passe de la vitesse à la violence.
Les kicks tabassent, la caisse claire résonne et ces boucles de basses nous vrillent le cerveau. D’un coup tout n’est plus que rythmique et sound fx. La descente se fait jusque dans les abysses du sale. Un moment de flottement s’installe. Et vlan ! Nouveau changement d’ambiance. Le saxo s’invite dans la partie et l’on se retrouve d’un coup sur les routes lumineuses de la californie fantasmée de notre jeunesse. On entend les néons défiler sur le bord de la route.
Le wagon ralenti, et nous emmène en douceur au point de départ, le temps de nous remettre de nos émotions. Pensez à choper la photo souvenir, votre tête pendant cette écoute doit valoir son pesant de cacahuètes.
Viennent ensuite deux morceaux en deux parties The Runaway et Carbon Inc qui seront traités d’un bloc dans la suite de cette review.
The Runaway
On reprend sur une base douce pour le démarrage de ce second morceau de l’EP. La basse rebondissante se mêle à des battements de coeur arythmiques et à une nappe d’ambiance pour vous propulser dans les ruelles sombres d’un quartier industriel désaffecté. Quand le morceau part enfin, on s’imagine explorant ces ruines grouillantes de vie sous-terraine. Et la voix vient vous emporter d’un coup. Langoureuse et douce, elle vous murmure aux oreilles comme une présence au fond de votre esprit.
Ce second morceau beaucoup plus contemplatif contraste avec le coup de speed de l’intro mais le voyage est loin d’être inintéressant. On se laisse porter par la rythmique et la voix jusqu’à d’autres horizons. On est là à mi chemin entre un trip sous drogue et la lutte intérieure. Bien que l’un ne soit pas foncièrement incompatible avec l’autre. Après la seconde boucle de chant, l’ambiance retombe d’un coup et l’on regrette un peu que la transition avec la seconde partie soit si abrupte.
Cette seconde partie semble vous sortir d’un mauvais trip après 1 minute 12 d’introduction grandissante, renforçant le sentiment de défonce à l’acide de la première. Le son qui se dégage de l’intro évoque les sueurs froides d’un délire fiévreux lors d’un sommeil agité. Sommeil dont vous allez être tiré d’un coup, comme si les bruits de fond vous forçaient à fuir. Il y a quelqu’un qui rôde.
La course commence, s’intensifie et l’on se retrouve une fois de plus à vive allure. Le saxo accompagne cette fuite en avant, lui donnant, là encore, des airs oniriques. Difficile de se sortir de cette impression irréelle de course à pleine vitesse quelque part entre un quartier malfamé et les méandres d’un cerveau malade. À ce stade on aimerait beaucoup savoir à quoi rime cette course effrénée, que fuit-on, pour aller où ? Cette enchaînement de titres manque d’un clip. On a envie de voir ce film qui se déroule sous nos oreilles.
Carbon Inc
L’intro de ce quatrième morceau de l’EP est clairement d’inspiration indus. On entend les machines frapper, tourner à plein régime. Le fracas du métal nous assourdi, accompagné par des basses vrombissantes à en faire perdre le sens du réel. Les notes électroniques du lead viennent rebondir sur tout ça et nous envelopper. Le mystère plane et nous englobe. Comme si l’on allait tomber sur une révélation pour laquelle nous ne serions pas prêts.
Les machines se calment pour être légèrement remplacées par un battement de coeur le temps que l’ambiance se transforme soudainement. Le morceau devient grave. La révélation est bien là, et visiblement, elle n’est pas joyeuse. Les notes de synthé résonnent seules, en suspens, avant de se couper net.
Et l’on enchaîne sur la deuxième partie du morceau éponyme de ce premier EP de Carbon Killer. La batterie est résolument plus guerrière. Le morceau lui même est le plus sombre de l’EP. Ça sent bon la confrontation finale. On jauge l’adversaire sur fond de percussions tribales. Les basses viennent donner du corps à tout ça et entraînent inéluctablement vers l’assaut final.
Et contre toute attente, les guitares nous emmènent ailleurs. L’instant devient épique, presque solennel. Comme si tout ne s’était joué qu’en un instant. Une sorte de coïtus interruptus de la baston. La version musicale de la scène d’Indiana Jones où tout se règle en un seul coup de feu après une introduction grandiloquente. Et alors que l’on s’attend à ce que la piste reparte de plus belle, des glitchs sonores viennent mettre fin à tout ça brutalement.
On est à une faute de frappe du prochain Danny Trejo.
Taxe Carbon
Carbon Killer réussit à faire dérouler dans nos têtes un véritable court métrage à la fois sombre et onirique. On souhaite en savoir plus, en entendre plus ! Si la fin laisse l’auditeur sur sa faim, il est difficile de ne pas se prendre une jolie petite claque auditive en se laissant embarquer dans l’univers et dans l’histoire portée par le trio cybernétique des enfers.
On espère que ce premier EP mènera à un album plus conséquent ou au moins à une série de clips ravageurs pour que l’on puisse connaître mieux encore les tréfonds de cette ville lugubre dans laquelle Carbon Killer nous entraîne de force.