Lorsque j’ai découvert la Synthwave, j’en ai tout de suite cherché les aspérités, les outsiders. Bien sûr on m’avait introduit au genre par les trois groupes indispensables dont fait parti GosT. Mais ce n’était pas tout à fait assez pour moi. J’attendais que cette culture musicale devienne sale et j’étais en quelque sorte à la recherche de mon messie cyberpunk. Et puis est sorti Garruth. La baffe était là, le son violent et sombre me giflait les tympans et j’en redemandais. Alors lorsque j’ai enfin pu poser mes oreilles sur Possessor, le nouvel album de celui que l’on présente comme le prêtre de la Slasherwave, c’était avec énormément d’attentes et une grosse peur d’être déçu.
Plutôt que de traiter de l’album dans son ensemble et dans l’ordre, j’aimerais m’attarder en premier lieu sur les trois titres de la promo, ceux sortis pour donner l’eau à la bouche parce que leur choix n’est pas anodin.
Garruth
Premier titre dévoilé de Possessor mais second de l’album, Garruth met les pieds dans le plat et annonce la couleur, cash. Le morceau commence par une violente batterie et des riffs cinglants couverts par des growls. On part ensuite dans un metal hyper groovy. Comme Perturbator et Carpenter Brut, GosT prend un virage à 90° avec la scène et s’enfonce vers les tréfonds de la musique amplifiée et distordue. Qu’on se le dise, Possessor sera sous influence métaleuse.
Les basses synthétiques qui vrombissent nous préparent à l’arrivée du synthé qui, tout en douceur, nous prend la main dans cette descente aux enfers et nous rassure au passage. Oui, GosT fait toujours de la synthwave. Mais pas la synthwave de tout le monde. Ici l’imagerie sataniste qui accompagne le groupe depuis ses débuts ne sera pas qu’un prétexte. Les growls en fin de morceau nous le prouvent derechef.
Beliar
Et ce n’est pas Beliar, deuxième titre dévoilé, premier clip et sixième piste de l’album qui va nous contredire. Là encore BloodMusic et GosT nous annoncent la couleur sans détour. Les premières secondes du titre dévoilent un riff Black Metal à faire pâlir de honte les plus gros TRVE du KVLT.
Ça blast beat dans tous les sens quand soudain, BAGARRE. Le beatdown est lourd et pesant et donne de furieuses envies de coller des mandales dans ses partenaires de danse. Le tempo ralenti encore et des basses gargouillantes et molles viennent prendre le relai, appuyées par quelques accords aigus donnant au tout une saveur bien dark. Si ce morceau paraît un peu mou malgré son introduction tabassante, il se reprend très vite après un second break pour repartir dans un mélange de blast beat et d’orgue d’église.
Ce titre est un peu moins bon que son prédécesseur, mais il a le mérite d’enfoncer le clou dans le cercueil de la synthwave à papa. Black, death, doom et même hardcore, GosT va s’inspirer de tout ce qui se fait de bon dans le metal pour teinter sa musique d’une couleur de rouille.
The Prowler
Dernière release avant la sortie de Possessor, cette troisième piste du LP commence sur les bases de la darksynth avec une basse groovy et dansante renforcée par des nappes sorties des abysses infernales. Le lead et somme toute classique, mais la différence vient de la batterie résolument hardcore. On est pas sur du D-Beat non plus, mais on sent l’envie d’en découdre, que la fosse devienne physique.
Un premier break nous emmène gentiment côté breakcore à la Igorrr dans un fouilli de fx et de coups de caisse claire. Placer ce titre juste après Garruth dans le déroulé de l’album permet de faire retomber un poil la violence et de réinsérer ce qui a fait le succès de GosT. Le message est clair, si vous avez aimé les anciens album du groupe, Possessor est aussi pour vous. La voix issue des meilleures bandes annonces de film gore de série Z vous plonge dans les tréfonds de la slasherwave et termine de créer l’attente autour de cet album.
Possessor
Maintenant que l’on sait pertinemment où l’on va mettre les pieds. Il est temps d’attaquer l’album en lui même et de vérifier s’il n’y a pas eu tromperie sur la marchandise.Pas de suspens qui traîne en longueur, non. Aucune tromperie. Cet album est exactement ce qui était teasé et bien plus encore. On y retrouve avec plaisir un mélange d’influences hallucinantes qui donnent toute sa saveur à ce son si particulier qu’a su développer GosT.
Tout l’album s’enchaîne à une rythme effréné et fait planer au dessus de vous l’ombre de Satan lui même, dans la pure tradition de la scène gothique et métaleuse underground des années 80. On y retrouve même, avec Commandement, un piste teinté de grindcore/crust qui n’a rien à envier à Napalm Death.
À titre personnel je regrette un peu le morceau Loudas Deceit et sa mollesse qui contraste avec le reste de Possessor, mais le titre est très clairement assumé par l’artiste comme pause un peu pop dans la descente aux enfers dans laquelle vous entraîne l’album, alors qui suis-je pour juger ?
Gros coup de coeur pour l’album en général mais pour deux pistes qui ont su réveiller le gothique Batcave enfoui au fond de moi : Sigil et Malum. Ces deux titres dégagent une ambiance de soirée cave où tout le monde est habillé en noir et possède des coupes de cheveux improbables à la The Cure. Et le chant ! Mes aïeux ce chant ! GosT raconte s’être essayé au chant sur ces deux morceaux par dépit, faute de chanteur disponible. Et bien disons le clairement, il refait ça quand il veut ! Pas besoin d’engager quelqu’un. Ce timbre un peu grave colle à merveille aux pistes et j’aurais presque envie qu’il nous sorte un album gothwave rien que dans le style de ces deux morceaux.
TL;DR LOL

Possessor de GosT met des grands coups de rangers dans les fourmis qui sclérosent déjà les élitistes amateurs de Synthwave et Darksynth et leur idée préconçue de comment devrait sonner tel ou tel groupe. Si le dernier Carpenter Brut a déjà pas mal fait parler et créé un clivage entre les auditeurs, GosT abat la lame de sa guillotine sonore et coupe court aux discussions. Ici, que vous l’approuviez ou non, le son est violent, sale, déprimant et déborde d’amour pour l’intégralité de la scène metal! Et putain que c’est bon ! Si c’est ça le futur de la darksynth, alors soit ! On en veut encore.
Ah c’est clair qu’on est loin de toute vaporwave et que le mec sort un peu des clous de ce qui existe. Il ne se contente pas de jouer ce que tout le monde attend de lui, il le sublime. Vous pouvez y être hermétique, mais en ce premier trimestre de 2018 je peux vous dire que j’ai déjà trouvé mon album de l’année.