Bon OK, je n’aime pas laisser une vidéo YouTube faire le boulot à ma place, mais regardez-ça. Genre, prenez les 5 minutes 37 secondes nécessaires de votre vie : je vous promets que chaque instant en vaudra la chandelle.
Allez-y, je reste là, à côté, on reprendra la review après…
Tout est dit. Cette vidéo résume Irving Force en cinq minutes. Et c’est un peu trop de talent pour un seul homme. Sérieusement : il maîtrise l’art ancestral du synthé, sait réaliser des courts-métrages qui tabassent, a une belle barbe bien fournie et des faux airs de Kurt Russel, sans parler de son mulet qu’il parvient à rendre cool. Et ça, c’est vraiment héroïque.
Irving arrive en Force sur le ring
Le seul problème avec Irving Force, c’est que le bougre n’a que deux EPs… Et quels EPs… Ils sont à tomber. Mélangeant habilement samples minimalistes que ne renierait pas John Carpenter himself, synthés pachidermiques et occasionnellement guitare électrique pour souligner quelques passages très “Action Movies”, Irving Force a vraiment tout compris. Son dernier EP The Violence Suppressor est un bonheur. Un de ces bonheurs rares qui mérite d’être savouré.
Sewer Wars est un morceau d’intro extraordinaire. La première fois que je l’ai écouté, j’allais à pied au boulot avec mes écouteurs sur la tête. Il était tôt le matin et une fine pluie tombait sur ma veste. Je n’avais pas encore maté le clip d’Irving Force, mais j’y étais, là, dans cette ville style Escape From New York, en quelques secondes. Et alors que le synthé devenait de plus en plus écrasant, je m’attendais à me prendre un “lâcher de basse” dans les dents, mais non, c’est une guitare bien acérée qui est venue…
A ce moment là, j’étais vendu. C’était déjà écrit, Irving Force serait mon nouveau héros.
J’espère qu’il n’y avait pas de passants dans la rue à ce moment là, parce qu’il se peut que j’ai commencé à headbanger de manière un peu trop visible…
En tout cas, au second break très “jeu vidéo” (le son du synthé me rappelle le vieux jeu Tortues Ninjas Turtles in Time sur SNES, la BO avait la même sonorité), c’est sûr, j’étais sûrement en train de pogotter dans les flaques d’eau…
Feeeeel the Poweeeeer !
Population Control Unit: MK-12 commence de manière plus classique et aurait pu être la musique d’intro d’un film d’action SF des années 80, avec la musique qui part au moment où le titre apparaît en gros au milieu de l’écran.
Sauf qu’au lieu d’enchaîner dans le groove, Irving Force décide de balancer quelques nappes de synthé inquiétantes et lancinantes accompagnées de samples (discrets) de films et de sons robotiques. Rassurez-vous, on n’est pas non plus dans le progressif : la chanson reste entraînante et rythmée… jusqu’à un petit espace calme aménagé où résonnent des guitares au loin qui introduisent… un saxo ! UN SAXO BORDEL. OMFG UN VRAI DE VRAI.
Les cuivres tapent le système de beaucoup de gens, et je peux le comprendre, mais un saxo, quand il est utilisé avec style et parcimonie, c’est un instrument démentiel qui donne instantanément une teinte nocturne et rétro à n’importe quelle chanson. Et là, pour cette piste en particulier, c’est une tuerie. Exactement ce qu’il fallait : ce petit solo est la cerise sur le gâteau.
Le Judge Drheadbanger qui fait tourner les têtes
Je préfère vous prévenir de suite, Crime Scanner n’est pas pour vous si vous avez le cou fragile. Très “Brutasse Dans ta Face”, ce morceau va vous faire remuer la tête d’avant en arrière très vite. Et aussi lever les bras, lorsque la voix robotisée annonce les divers crimes détectés dans les alentours (Vol… Attaque à Main Armée… Homicide…).
D’ailleurs, ne pas bouger en rythme sur ce morceau devrait être un crime… Mais rassurez vous, Irving Force ne vous laissera pas tomber et balancera tout ce qu’il a pour vous arracher au moins un petit tapotage du pied aux plus discrets d’entre vous. Il mets le paquet dans Crime Scanner, tout ce qu’il a sous la main, l’artillerie lourde. Parfois, on frôle même l’indus, mais encore une fois, tout reste maîtrisé et définitivement sous son contrôle.
Dernier morceau, Gridlock Shootout commence plus calmement pour laisser le temps à l’auditeur encore abasourdi par le précédent titre de se reprendre. De temps en temps, un riff de guitare tranchant comme un rasoir vient couper sans crier gare au travers du thème principal au synthé, quitte à faire sursauter… Et puis d’un coup, l’apothéose. Le bouquet final. La fameuse fusillade commence (“Shootout”, pour les anglophobes, ça veut dire fusillade).
Pendant une vingtaine de secondes les balles fusent autour du héros en difficulté, mais rassurez vous, un synthé héroïque viendra vite à son secours. Là encore, on peut imaginer sans peine la scène dans sa tête : le héros relève la tête, sort de son couvert, aligne les méchants au ralenti avec son pistolet mitrailleur. Même pas besoin de script : la musique est assez évocatrice pour faire tout le boulot elle même.
Soudain, la fusillade s’arrête abruptement, trop vite, et nous seuls dans les décombres.
A quand la suite Irving Force ?! Tu ne vas pas nous laisser comme ça ? Et comment on va faire avec tous ces méchants autour ? Irving ? Revient !
Il a Force, il a tout compris
Irving Force est le descendant spirituel de John Carpenter en ligne droite. Je sais qu’une oreille non avertie pourrait dire ça de bon nombre d’artistes Synthwave/DarkSynth, mais lui il a un truc en plus.
Il partage avec le Maître des Ténèbres une certaine distance, un second degré, une conscience de soi, une maîtrise des codes cinématographiques et musicaux qui donnent une “classe” folle à ses créations.
C’est beau, ça sonne bien, ça ose tout, ça n’a pas peur d’aller dans l’auto-dérision et le too much, c’est caustique, bien vu, ça balance… Tout en respectant à la lettre les règles qu’il s’est fixé tout seul. Cela donne un côté super cohérent à l’EP, très marqué par la personnalité de l’auteur.
Sincèrement, je manque de mots pour vous dire à quel point j’aime Irving Force, ni à quel point il mérite votre amour.
On n’a qu’à dire que si Snake Plissken était un artiste de DarkSynth, ça serait Irving Force.
Avec un mulet.