Parfois, y’a pas besoin de faire appel à des grands noms : le talent se trouve en interne. C’est le cas du studio No Code, studio peu connu s’il en est, puisque les 4 pistes qui hantent le jeu ont été réalisées à la maison, à l’ancienne.
Stranger Soundtrack.
Stories Untold, la première piste, celle du trailer ci-dessus, est la musique du générique. Nous y reviendrons dans la critique du jeu, mais pour faire simple, Stories Untold est un jeu à épisodes, et chacun commence par la même séquence accompagnée de ce thème. L’influence est évidente : même synthé écrasant au rythme lent, sonorités extrêmement proches, le spectre Stranger Things de S U R V I V E plane sur l’ensemble de la piste (et même de la Bande Originale). Cependant, pas la peine de crier au plagiat ! Il s’agit tout au plus d’un clin d’œil appuyé, car les similitudes avec la célèbre série s’arrêtent là.
En effet, loin de l’innocence de Stranger Things et de ses héros de 12 ans, Stories Untold est sombre et désespéré. C’est ce que nous montre la seconde piste We Move Together In Unison. Les sonorités restent les mêmes que celles du générique, le tempo reste lent et les mélodies très présentes, mais de grand espaces où résonne seulement une basse monotone donne à l’ensemble une tonalité presque Drone. Comme de grandes étendues de néant désolé. Au cas où vous auriez des doutes, ce jeu n’est pas vraiment super fun, non. Je vous l’annonce de suite.
Commençant par un orgue, You Could Do This in Your Sleep s’enfonce plus loin encore dans la déprime. Accompagné par une basse menaçante dénuée de groove, les nappes de synthés s’entremêlent pour former une mélodie entêtante qui met le moral à zéro. Et alors qu’on pense qu’on ne peut pas être plus bas, on entends soudain des bruits de vent et des grésillements inquiétants. La seule lueur d’espoir viendra finalement d’une ligne de synthé discordante, avant que la piste ne s’arrête abruptement et laisse place au silence.
Utterly Consumed By It commence dans le calme. Des sons étouffés et bizarres nous parviennent de temps en temps au travers du brouillard, des voix même… Un accord de guitare se fait de plus en plus présent et commence à déchiqueter nos tympans comme une scie rouillée. Et ça continue, de plus en plus fort, de plus en plus intense, les grésillements deviennent presque insupportables, un orchestre vient rajouter la pression… et fin ! Wow…
Même si elle est plutôt du genre à faire peur, la bande-originale de Stories Untold ne lorgne pas vraiment du côté de l’Horror Synth. Ici, on est plus dans un ambiant dépressif et désespéré. C’est un pari réussi pour No Code car les quatre titres donnent au jeu une ambiance extrêmement oppressante ainsi qu’une personnalité forte. Et là vous me dite “Seulement 4 morceaux ?”. C’est court, il est vrai, c’est aussi le cas du jeu comme nous allons le voir tout de suite.
(Not) Stranger Game.
Passé le générique à l’influence de Stranger Things évidente (aussi bien dans l’esthétique que dans la musique), il faut voir le jeu comme une mini-série en 4 épisodes, où chaque petite histoire mélange allègrement fantastique/horreur avec technologie rétro. En apparence, chaque aventure semble indépendante… Mais pour en avoir le cœur net il faudra aller jusqu’au Twist Final (oui, avec des majuscules, parce qu’il est aussi réussi que poignant.).
Alors qu’est ce qu’on fait dans le jeu ? Chaque épisode a son propre gameplay, mais ils ont tous le point commun de nous mettre dans la peau d’un héros face à son propre écran d’ordinateur. Stories Untold nous plonge directement dans le personnage, en affichant l’environnement autour de l’écran pour planter le décor 80’s et renforcer l’ambiance.
Une aventure textuelle à l’immersion prenante
Prenons la première histoire par exemple : vous devrez progresser dans une aventure textuelle à l’ancienne, c’est à dire en tapant les actions que vous voulez effectuer : des trucs comme “Enter House”, “Open Door”, “Go Upstairs” etc… Dans la seconde aventure, il vous sera demandé d’actionner une machine en lisant la notice, et la troisième ça sera plus du craquage de code…
Stories Untold reste dans le domaine des énigmes, mais jamais bien méchantes, rassurez vous. J’ai progressé fluidement pendant les 2 petites heures dont j’ai eu besoin pour finir le jeu. C’est peu, mais je ne suis pas sûr que l’expérience narrative et ludique aurait pu rester drôle et fraîche plus longtemps. Cela évite de s’ennuyer, de refaire plusieurs fois la même chose, bref : c’est judicieux.
Le point fort extraordinaire du jeu reste son ambiance. J’ai réussi à flipper et à être mal à l’aise devant des écrans quasi statiques. C’est dû au Sound Design vraiment réussi, mais surtout à la narration vraiment exceptionnelle. On a là la véritable essence du terme “fantastique” : l’élément “surnaturel” va venir très progressivement, petit à petit. On sent bien que quelque chose cloche, mais difficile de savoir vraiment quoi avant qu’il soit trop tard et impossible de faire marche arrière…
Le tout est renforcé par la mise en scène qui tire habilement parti du point du vue pour que des phénomènes étranges se passent aussi bien “sur” l’écran du personnage que “autour”. Je n’en dis pas plus…
Un jeu qui ne s’adresse pas à tout le monde…
Néanmoins, Stories Untold n’est clairement pas un jeu qui plaira à tout le monde. Déjà, il faut aimer lire : l’action est essentiellement textuelle. Le jeu n’est pas traduit non plus, donc il est indispensable de maîtriser l’Anglais.
Il faut être sensible à ce genre de peur. Ici, point de jump-scares, juste la sensation dérangeante que quelque chose d’étrange est en train de se produire qui se transforme en certitude au fur et à mesure que vous continuez de lire…
Pour moi, ça a marché, j’étais en plein dans la cible : c’est un fantastique insidieux, parfois malsain, dont la présence est indiscutable mais discrète. On le ressent plus qu’on ne le voit…
Enfin, il faut aussi aimer les puzzles et les énigmes. Si vous voulez de l’action, passez votre chemin. Le seul muscle qui sera sollicité ici sera votre cerveau.
Attendez… C’est un muscle le cerveau ?
Peu importe, vous avez pigé l’idée.
Stories Untold, l’Alone In The Dark…
A une époque où les jeux d’horreur comptent plus sur le gore et les jump-scares pour effrayer les joueurs, Stories Untold est une perle rare. Certes, elle n’est pas parfaite, mais elle est unique en son genre.
Le titre sera aussi angoissant et poignant pour ceux qui sauront s’y immerger que soporifique pour les autres.
Ajoutez à cela l’ambiance Rétro, une bande originale au synthé angoissante et désespérée, et on a un immanquable pour les fans d’horreur “old’school”.
Merci Devolver d’avoir encore une fois eu le cran de sortir un jeu qui sort complètement des sentiers battus, même quand ce jeu est aussi peu sexy et démodé sur le papier qu’une simple aventure textuelle… Pour moi, Stories Untold est bien plus : c’est l’une des expériences narratives la plus poussée et la mieux écrite qu’il m’ait été donné de faire ces dernières années, rien que ça ! Stories Untold est disponible sur Steam à 9,99€.
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