J’ai une immense admiration pour Protector 101, l’un des précurseurs du mouvement Synthwave et plus particulièrement de son penchant obscur, la Darksynth. Il faut dire que son premier album éponyme, Protector 101, m’avait mis déjà une sacrée claque à sa sortie, à une époque où d’ailleurs le terme Darksynth n’existait presque pas, hormis auprès de quelques aficionados quémandeurs de musiques aux synthétiseurs crasseux, aux notes lourdes et grasses. Bien que la musique de Protector 101 ne se résume pas uniquement qu’à cela.
Et pour ceux du fond qui connaîtrait pas l’un des pionniers du genre, Protector 101 c’est un peu l’avant Perturbator, sauf que l’un a été propulsé par Hotline Miami avec un titre comme Miami Disco - excellent au passage vous vous en douterez-, et l’autre non. Et je pense que Protector 101 a joué une certaine influence sur la musique du Pert’, j’en mettrais ma main à couper si elle ne servait pas à écrire cette review. Déjà dans les noms des artistes ont ressent une similitude. Et à ce sujet, ce n’est pas aussi un hasard si on retrouve une compilation réunissant ces deux artistes, à savoir The 80s Slasher, chez Alphasia Records, label niçois promouvant les premiers albums de Flash Arnold, Judge Bitch, Action Jackson, Dynatron, Vector Hold, Tokyo Rose… et Perturbator et Protector 101 justement. La bonne époque d’avant la NewRetroWaveploitation !
Bref, tout ça aussi pour dire que cela fait déjà sept ans que le premier album du californien est sorti ! Et sept ans après, Protector 101 n’en a pas fini de surprendre et revient avec un nouvel album ; cette fois-ci un dix titres intitulé Paramnesia ! Et putain je cache pas ma joie, c’est du bon ! Du très bon même !
Ecouter Paramnesia de Protector 101
Psycho-Motor Immobility
Si le titre et la pochette de l’album signée Ariel ZB annonce l’atmosphère que nous promet cet album, son premier morceau Angel With A Gun vient nous la confirmer en nous plongeant dans une ambiance terne, suffocante et pesante à la fois. De la vapeur, de la sueur, un monde délabré, c’est à peu près ce qu’on ressent dans la première partie de ce morceau qui s’en vient ponctuer de quelques notes bien lourdes et puissantes, couplées à un kick tout aussi puissant. Vous l’aurez compris, on a là une introduction, dirais-je… puissante !
Protector 101 nous intègre dans sa dystopie et il y va à coups de fusil à pompe tel un T-800, les fleurs en moins. Il dégaine peu, mais bien. Une introduction à l’album qui sait prendre son temps, avec près de quatre minutes qui déboucheront dans la continuité sur le morceau suivant, Catatonia, jusqu’à se lâcher complètement après un sample issu de Tetsuo : The Iron Man ; et ça c’est une certaine classe en soi, ça fait toujours son petit effet et son grain de folie jubilatoire assez trash. La folie délibérée, le morceau est maintenant lancé pour sept minutes. Sept minutes où les BPM sont en parfaite pleine forme côtoyant quelques notes Cybersynth. Un morceau à la rythmique violente et qui en ferait headbanger toute une foule en live. Et putain, qu’est-ce que j’aimerais voir un live de Protector 101, encore plus après avoir écouté cet album.
She’s a Killer… Killer Queen
Après cette petite accalmie fort appréciée des cervicales, Protector 101 s’octroie un featuring avec Dead Astronauts, mais le duo iconique n’étant plus ce qu’il était, à savoir un duo, on retrouvera finalement que la voix portante de Jared Kyle, conférant au morceau Tourist une impression craintive et gravissime, à l’instar de cette note de basse répétitive qui vient nous asséner. Le morceau se veut sombre et grave, comme la track suivant Peace In Death, avec sa nature un peu plus clubbing (ou s’immisçant dans l’Electro Body Synth Music pour reprendre le terme lancé par The 80’s Guy et Isidor). Ça donne envie de taper sur des barils au rythme des kicks tel un Shwan Crahan (#6 ou Clown dans Slipknot, dans Duality par exemple pour les fins connaisseurs).
Après cela, lalbum rempile sur un nouveau featuring, Le Cassette à la barre, avec le morceau Sara. Alors chez moi ça fait *ting* et je pense directement à la voix de Meet Jimmy de Perturbator (en ouverture de l’excellent EP Sexualizer, sisi), et j’en suis probablement pas le seul, mais ré-entendre Adam McNab du groupe à nouveau c’est un petit plaisir, non pas coupable, mais bel et bien palpable de nostalgie (une nostalgie relative, quand même).
S’il y a bien un morceau qui résume cet album, ce serait sans doute celui-ci, de par l’histoire qu’il raconte, celle de Sara, cette jeune tueuse et aimée, au passé sombre, que l’on retrouve sur la jaquette de l’album par ailleurs. Cinquième morceau de l’album, Sara ne pouvait que tomber mieux, après The Tourist et Peace In Death. En effet, l’enchaînement des morceaux permet de belles variations, grâce aux featurings particulièrement. Un album à la fois cohérent et équilibré dans ce qu’il censé transmettre, c’est suffisamment remarquable pour être souligné.
Protector, more, more and MOOOORE !
On entre maintenant dans la seconde partie de l’album. Histoire de se finir comme dirait l’autre.
La Darksynth de The Protector 101 reprend de si belle avec Seeker, comme si on était propulsé par sa musique telle une balle de calibre 45. Le rythme est soutenu, ça ne s’arrête jamais (enfin si au bout de 5 minutes 30, mais c’est comme si). Le morceau est usant, mais usant de manière positive, c’est avant tout ce qu’on recherche aussi chez Protector 101, que ça bouge, que ça sue, que ça vit…
Fort heureusement, on en vient à respirer un peu avec l’autre moitié de Dead Astronauts, Hayley Stewart sous son projet solo Mecha Maiko, en featuring sur Dead Broke. Quand je vous disais que l’album s’équilibrait bien. Et ça n’est pas si tromper, on oscille entre le brutal et le soft ; et ça se confirme à nouveau avec le morceau derrière, un remix de Catatonia par Microchip Terror. MICROCHIP TERROR, oui ! Alors que Protector 101 apparaissait sur le dernier album Illegal Experiments (sans aucun doute un des meilleurs albums Darksynth de l’année soit dit en passant), voilà l’inverse se produire. Et si Catatonia délivrait une Darksynth des plus endiablées dans sa version originale, Microchip Terror y vient ajouter sa patte “Terror” Cybersynth dans ce remix, ainsi que des sonorités propres. Une certaine cohérence et symbiose se dégage de tout ça, un pur plaisir.
Si Sara a droit aussi à un remix par Collins, il en ressort une certaine déception. Du moins à l’écoute complète de l’album, ayant écouté le morceau original quelques minutes plus tôt, ce remix est assez difficile à saisir car relativement très différent de sa base, qui se suffisait à elle-même tant Sara est une réussite de bout en bout et un vrai coup de cœur. Collins impose sa Darksynth, son kick quelque peu monstrueux et étouffé et même s’il s’agit d’un remix, il y a comme une dissonance perçue entre ce qu’évoquait le morceau au sein de l’album et cette nouvelle mouture. Loin d’être déplaisant non plus, mais un morceau auquel on n’adhère pas vraiment et qui s’intègre pas si bien que ça dans ce que nous avait habitué l’album.
L’album se clôt par ailleurs sur un autre remix, celui de DEADLIFE sur Dead Broke feat. Mecha Maiko, on ne pouvait pas mieux conclure cette épopée. L’ensemble se marie parfaitement bien entre la voix de Hayley Stewart et les ruptures provoquées par la folie de DEADLIFE.
Protector 101 Paramnesia Teaser
ONLY A FEW DAYS LEFT, PROTECTORS!!!! Who's excited?! Best,-P101Protector 101 - ParamnesiaOctober 31st, 2018-Digital (Bandcamp)-Vinyl (Neuropa Records)-Cassette (COG Recordings)Dead Astronautshttps://www.facebook.com/deadastronauts/Le Cassettehttps://www.facebook.com/LeCassette/Mecha Maikohttps://www.facebook.com/mechamaiko/Remixes by:Microchip Terrorhttps://www.facebook.com/MICROCHIPTER…Collinshttps://www.facebook.com/CollinsMusic…DEADLIFEhttps://www.facebook.com/deadlifecorps/Artwork by Ariel ZB. https://www.facebook.com/ArielZBArt/Mastered by Jeppe Hasseriis. Visuals and video edited by Joe 3Dhttp://www.joe-3d.comNeuropa Recordshttps://www.facebook.com/neuroparecords/COG Recordingshttps://www.facebook.com/cogrecordings/
Publiée par Protector 101 sur Dimanche 28 octobre 2018
Protector 101/20
Protector 101 est bel et bien de retour ! Paramnesia est une véritable frappe qui tombe à pic, à l’heure où les artistes Darksynth tentent de prendre des courants différents (Perturbator, GosT, Carpenter Brut par exemple) pour ouvrir de nouvelles voies au genre. Protector 101, lui, cesse de se renouveler et de se parfaire dans ce nouvel album, tout en restant accroché à ce qu’il sait faire de mieux, aussi bien dans l’arrangement de ses compositions, dans le choix de ses featurings, que dans la production de ses sons.
Protector 101 est un vieux de la veille dans le mouvement Darksynth et revoir de tels featurings comme Dead Astronauts et Le Cassette prouvent à nouveau que le robot est avant tout un des maîtres du genre, qui sait en imposer. Paramnesia en est une nouvelle fois un exemple marquant de la qualité qu’offre Protector 101, un album puissant, percutant et cohérent ! Un des must-have de l’année dans le genre Darksynth, assurément.