Découvert il y a de ça un peu plus d’une bonne année suite à son remix d’un des titres phares de Protector 101, à savoir The Park Plaza Mall, MICROCHIP TERROR est l’un des artistes que je suivais d’assez près depuis cette release. Et si le singapourien avait déjà marqué les esprits avec un premier EP éponyme qui annonçait d’ores et déjà la couleur d’un style Electro-Industriel, mêlé de Science-Fiction et d’Horreur. Il n’a pas fallu attendre si longtemps, enfin quelques mois quand même, pour voir arriver un tout premier album entièrement dédié à cet univers.
Un univers qu’on retrouve notamment dans un Cinéma que j’apprécie tant, celui de Shinya Tsukamoto, Shozin Fukui, Sogo Ishii, Kei Fujiwara et compagnie. Un cinéma transgressif, poignant, dérangé et dérangeant, issu de la mouvance Cyberpunk et Punk nippone qui se popularisait de plus en plus dans les années 80 et 90, notamment avec la sortie et le succès d’AKIRA et de Ghost in the Shell. Mouvement qui d’ailleurs revient au goût du jour à travers le cinéma américain, qui avait aussi connu ses heures de gloire à la même époque avec Blade Runner particulièrement.
Et c’est ainsi qu’en ce mois de février arrive ILLEGAL EXPERIMENTS, signé MICROCHIP TERROR, un hommage à tout ce pan du Cinéma, dont les influences sont perceptibles d’un simple coup d’œil à la jaquette et son titre. Pas de doute, Tetsuo : The Iron Man de Tsukamoto et Rubber’s Lover de Fukui sont passés par là.
The Doctor Microchip Terror Is In… Sane !
On a alors affaire à un album qui s’adresse à un public plutôt averti, qui s’appréciera d’autant plus si on a les connaissances et les références, ces dernières surgissant à la gueule à chaque morceau !
Et dès son premier morceau, l’album nous met en condition, avec The Doctor is In…Sane, une intro qui nous plante déjà le décor et une certaine ambiance horrifique, avec des petits coups de fraiseuses et une montée en puissance tout au long du morceau, jusqu’à une coupe soudaine et brute pour le conclure. Ce genre de coupe d’intro tel un Welcome Back et Perturbator’s Theme sur Dangerous Days ou un The New Black et Retrogenesis sur I Am The Night. Un “Halte là, qui va là” qui te stoppe net pour t’en mettre plein la tronche avec ce qui suit, et justement, on ne demande que ça d’un tel album !
On enchaîne alors sur Into The Lab of Madness, et MICROCHIP TERROR nous dévoile son laboratoire, sa cuisine et ses instruments avec une composition folle et survoltée, à mi-chemin entre l’électronique, la mécanique et l’organique. Une biomécanique futuriste qu’on retrouvera tout au long de l’album et particulièrement avec le morceau qui suit, Automated Assassins, sur lequel le belge Vulta y viendra y déposer son solo de synthé dément.
Une ode au Cyberpunk nippon
Morceau éponyme, Illegal Expriments introduit des sons issus des films à laquelle MT s’inspire. Je ne sais plus s’il s’agit d’un film de Tsukamoto ou Fukui, je m’orienterais cependant vers la seconde solution. Ça me fait terriblement penser aux expérimentations effectuées par ces scientifiques clandestins sur leurs cobayes humains, criant de douleur et de peur, dans Rubber’s Lover, mais peut-être me trompè-je ? Je ne sais pas, je ne sais plus. Et un simple sample d’une alarme placé quelques secondes dans le morceau suffit à confirmer mon hypothèse…
Ouais, c’est bien Rubber’s Lover mais il y a peut-être du Pinocchio 964 dedans… *se tient le menton et regarde au plafond en coin, tentant de se remémorer la chose, en vain*. Le morceau est déroutant, sa rythmique est dynamitée, à l’instar des images qui nous sautent à la gueule, tel un montage made by Tsukamoto. Un morceau qui part ailleurs sera remixé par Protector 101 plus tard, qui lui rend la pareille, et là, c’est un summum. Moins déroutant, mais offrant une Darksynth pesante et lourde à souhait.
Et si MICROCHIP TERROR ne faisait déjà pas dans la dentelle avec ses premiers morceaux, le suivant en featuring avec Neoslave est sans doute l’un des plus fous. Encore un belge me diriez-vous, mais Neoslave étant aussi fou que MT -et les personnes étant présentes à la dernière Retro Synth Fury le savent très bien-, il n’est finalement pas si étonnant de le voir apparaître sur cette production. Terror Bites, c’est le petit nom de ce doux morceau, en vient finalement à nous propulser tel un Space Montain en Réalité Virtuelle.
C’est puissant, rapide et ça va dans tous les sens à la limite de l’abrasif. Même plus que ça. On a l’impression que cela ne se terminera jamais (le morceau fait plus de 6 minutes), comme si le cerveau se retrouvait dans une essoreuse, et pas seulement, on y viendrait changer le sens de rotation. A la fois jouissif et complètement dérangé.
Let’s go get’em !
Fort heureusement le morceau suivant, Disposable Human Subjects, calme le jeu, tel un interlude. Il faut dire qu’après Terror Bites, je n’étais pas forcément à l’idée de renchaîner sur la même cadence, et ce souhait s’est vu exaucer. MT a jugé bon de placer son interlude là où il fallait, au bon moment, au bon endroit, pour ne pas aller dans la surenchère, même si cette dernière est attendue, tant l’album est connoté au trash expérimental de ce cinéma nippon.
C’est finalement pour mieux nous amener sur une seconde partie de l’album, moins trash, mais tout aussi ryhtmée. Sans doute pour nous laisser digérer ce qui vient d’être avaler. Si Manufactured Existence poursuit la douce mélodie lénifiante de son prédécesseur, avec un ajout de vocals de Grindscape, mais la petite pause n’en sera finalement que de courte durée avec un kick qui vient te tympaniser sévèrement le tampon, ou l’inverse je ne sais plus… Protector 101 plaçant son remix d’Illegal Experiments juste après.
L’album, dans son hommage ultime, se clôt sur une reprise du morceau Megatron de Chu Ishikawa (compositeur phare des productions de Tsukamoto), morceau arrivant au point d’orgue du film Tetsuo : The Iron Man, son final. Un moment de Cinéma. Quoi de mieux pour clôturer un tel album ?
Illegal Expriments peut-être perçue comme une expérience déboussolée et déboussolante pour son auditeur, et comme une expérimentation de la part de son auteur, qui s’amuserait à jouer avec notre perception sensorielle avec sa musique, comme le faisait si bien Tsukamoto et ses potes avec leur Cinéma. Et c’est finalement dans cette approche qu’on perçoit au mieux ce pourquoi cet album est une lettre d’amour au Cyberpunk Jap’. Parce qu’il nous happe là, aussi bien que ce à quoi il aspire. MICROCHIP TERROR nous a offert un pur hommage, un vrai.
Par ailleurs, si vous êtes intéressé par tout ce pan de culture dérangé et dérangeant venu de l’archipel nippon, je ne peux que vous recommander le bouquin Le Cinéma Enragé du Japon de Julien Sévéon (Mad Movies, Kumite, Animeland, Asian Cult, Dark Side…), véritable bible pour tous les amateurs du genre et cinéphiles curieux.
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