Cela fait super longtemps que j’avais envie de vous parler de low.poly.exception (que vous connaissez peut être mieux sous le nom de son autre projet musical Cyberpunk Neon Shudder).
Le soucis, c’est qu’il était difficile de trouver la bonne approche.
Minimalistes, extrêmement lourds dans leur ambiance et parfois même contemplatifs, les albums de low.poly.exception sont de véritables voyages à la fois technologiques et mystiques aux confins de l’obscurité.
Profondément ancré dans le Cyberpunk, low.poly.exception se questionne sur la place de l’âme dans la machine, de l’humain dans les froides arcologies du futur… et de la mort dans un monde déshumanisé.
Alors oui, vous vous en doutez maintenant, ce n’est ni joyeux ni accessible.
Et pourtant, la musique de low.poly.exception mérite toute votre attention, et MEGASTRUCTURE(S) est probablement le meilleur point d’entrée que vous pourriez trouver à sa musique aussi noire et opaque qu’un bloc d’obsidienne.
Vous qui entrez ici…
S’ouvrant très progressivement de manière minimaliste avec le morceau éponyme, MEGASTRUCTURE(S) est la première plongée dans cette psychée informatique sombre et froide. Comme un orfèvre, low.poly.exception crée sa musique avec soin couche après couche, sample après sample… avant de laisser s’exprimer et s’entremêler plusieurs mélodies au synthé qui nous amènent directement au morceau suivant…
Within/Without est pour moi l’un des meilleurs morceaux de low.poly.exception, et c’est celui-là même qui m’a poussé à écrire cette review. C’est une perle noire, frêle en apparence mais pourtant lourde en émotions. Son synthé lancinant et nostalgique, le fragile xylophone, la boîte à rythme hypnotique… C’est assez indescriptible, mais tout incite à un voyage intérieur, à une profonde introspection même. La mélancolie du thème ramène à la surface remords et regrets, des sentiments pourtant extrêmement humains perdus au fin fond de cette musique 100% électronique aux émotions 110% organiques.
Ouaip, désolé pour la philo… Mais tous les albums ne s’écoutent pas pour rigoler non plus !
Très “Noir” et urbain dans l’esprit avec son walking à la basse, Stratum assume un follow-up de folie à Within/Without. Presque groovy, mais tout aussi perdu et désabusé, le morceau a quelque chose de Perturbator des débuts (Nocturne City) dans les décors qu’il évoque : mégalopole futuriste aux racines asiatiques, Néo Tokyo, mais en profondément plus introverti. Un autre morceau à ne pas laisser passer.
Premier morceau de la discographie de low.poly.exception avec un invité, POISON.sys ramène en renforts les canadiens de Die Scum Inc. Étonnamment rentre dedans et agressif pour du low.poly (en particulier avec cette boîte à rythme qui s’affole dans la seconde moitié du morceau), utilisant même certaines sonorités de synthé discordantes, il se finit sur un climax intense et noir dont l’issue ne semble pas très optimiste.
Abandonnez tout espoir…
Avec ses voix fantomatiques distordues, The Deleted Shall Inherit The Earth nous fait rentrer de plein pieds dans la facette mystique de low.poly. Captivant, déroutant, pourtant d’une douce beauté et d’une grâce obsédante, on assiste à une danse qui semble se dérouler dans plusieurs lignes temporelles simultanément. Un chant des sirènes électronique 2.0 qui attirera à elle les ghosts dans la machine.
Erase and Replace relance la machine à broyer du noir. Après cette pause angélique, low.poly nous ramène aux sombres racines électro, avec une ligne de synthé basse rappelant les bandes originales de jeux vidéo des années 90 (Doom en tête). Bien entendu, les mélodies complexes continuent de s’entremêler en lead et forment un ensemble en mouvement perpétuel aux antipodes de ce que l’on peut entendre dans la musique électronique “d’habitude” répétitive.
Godmode est lui aussi un morceau complexe métamorphe comme seul low.poly sait les faire, un morceau aux multiples solis et envolées incontrôlées qui sait aussi montrer les crocs dans ses moments les plus heavy.
Loin de toute cette violence, Cocoon commence avec un son de harpe synthé, des explosions de basse à la Vangelis et des lignes de clavier claires et légères. Difficile de savoir s’il s’agit d’un morceau plus optimiste ou si au contraire il est résigné et désespéré. Mais c’est bien là tout le talent de low.poly.exception : nous perdre dans les dédales de notre propre réflexion et nous laisser seuls avec nous même.
In Solitude.
La pochette de MEGASTRUCTURE(S) est vraiment très bien choisie. Rappelant les architectures délirantes du mange Blame! et le trait un peu cru de Tsutomu Nihei son dessinateur, comme le héros on ère seul et sans but apparent, le désespoir au ventre, au milieu de ces mélodies nombreuses et emmêlées. Perdus, mais pas affolé. Pourquoi ? Cela seul chaque auditeur pourra y répondre pour lui même.
Vous allez être déboussolés, vous allez ne pas toujours comprendre ce qu’il se passe, mais plus vous écouterez cet album et plus vous y trouverez une forme de sombre réconfort. Une sensation étrange que vous ne retrouverez que dans les œuvres de low.poly.exception.
Du même auteur, je vous conseille aussi vivement l’écoute deIN THE ABSENCE OF LIGHT.
Quoiqu’il en soit, son oeuvre est unique et même si elle sort du cadre purement Synthwave, elle sera un must-listen pour tous les afficionados du genre Cyberpunk qui s’injectent leur son directement dans leur cerveau via datajack. Un album de niche donc, mais du vrai caviar pour ceux qui sauront l’apprécier.
Ecouter MEGASTRUCTURE(S) de low.poly.exception