Du sang frais chez Burning Owl, c’est toujours une petite fête pour nous ! Au menu aujourd’hui, Off-World de l’Américain Shikimo.
Ce sont les oreilles entièrement vierges de sa musique que je me suis lancé dans l’écoute de l’album, à l’arrache, en mode YOLOtoroute.
Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, mais j’ai été intrigué par la Cover, elle aussi réalisée par un nouveau talent : la tatoueuse Mizu ! L’atmosphère est posée, ça sent le combo Cyberpunk “Ghost In The Blade Runner”, et ça a l’air dans mes cordes…
50 Nuances de Synth
J’avoue, j’ai été surpris. Quand on vient de l’Iowa, on doit être un peu gavé d’écouter SlipKnot à longueur de journée : Shikimo, c’est un peu tout le contraire. Préparez vous à de la Dreamwave ambiante ultra-posée, ultra-planante. Ici tout est doux, tiède, moelleux… On s’y sent bien et on a qu’une envie : fermer les yeux et se laisser porter…Pourtant, alors que je m’apprête à saisir les tags de cette review, j’hésite grandement à qualifier cet album de DarkSynth… Dans chacun des morceaux, je ne peux m’empêcher de ressentir une petite part d’ombre, quelque part, souvent bien planquée je vous l’accorde, mais pour moi elle est là.
Peut être que je passe trop de temps à écouter de la Musique Satanique et qu’au final j’entends la voix de Baphomet partout… Ou peut être que cette Dreamwave cache des crocs bien affûtés sous son sourire innocent… Alors oui : le compteur de BPM reste extrêmement bas, ne vous attendez pas à headbanger comme un malade, mais Shikimo parvient quand même à donner de nombreuses teintes différentes à sa Dreamwave.
On commence avec le très aérien Black Hole, qui est même carrément Space Synth. Variant souvent en intensité, on ressent bien l’immensité du vide spatial, là, devant nos oreilles. Les lignes de synthés se croisent et s’entrecroisent, on ne sait plus trop ce que l’on a déjà entendu ou ce qui est nouveau, de nouvelles nappes sont rajoutées tout en finesse et on se sent bientôt submergé par cette vague sonore.
Parfois, on en a le tournis, et d’autre fois, on perçoit cette basse grondante presque Drone qui est comme l’annonce d’une menace lointaine. Black Hole est un excellent choix pour ouvrir l’album, il s’agit d’un morceau qui pose directement l’ambiance mais vous fera aussi perdre certains repères spatiaux et temporels, enfin des repères spatiaux temporels musicaux.
…Ouais je me comprends. C’est ce qui compte.
Toujours boosté aux arpèges planantes (attention avec ces trucs, ça peut devenir une drogue), Memory Tapes s’ouvre avec un chuchotement féminin qui fera vibrer les tympans des fans d’ASMR de satisfaction. Plus lumineux, avec plus de mélodies, on pourrait même imaginer un certain enthousiasme derrière ce son très typé Dreamwave. L’euphorie du voyage… Ou l’ivresse des profondeurs version spatiale ? Ou peut être le survol d’une planète… Après tout le morceau suivant s’appelle Exploring Neptune et commence de manière bien plus sombre, créant un contraste saisissant avec le morceau précédent. Mais pourtant le voyage se poursuivra sans encombres dans une tiédeur cotonneuse qui apaisera les plus stressés d’entre vous.
En tête-à-tête avec un ange
Changement d’ambiance pour Fugitive : après une longue intro qui distille au compte-gouttes ses lignes de synthés, on arrive dans une ambiance bien plus… Urbaine. Impossible de ne pas faire le rapprochement avec la pochette : la fugitive serait-elle cette femme habillée en Geisha ? Plus loin du vide spatial, c’est sur Terre que l’ambiance se refroidi et que l’aspect DarkSynth ressort d’autant plus avec cette ligne de basse en bourdon permanent qui vient plomber le ciel gris. Impossible non plus de ne pas penser à Vangelis et à Blade Runner sur ce morceau. Est-ce qu’il s’agit d’un clin d’oeil à l’ouverture du film où la voiture volante de Deckard survole la ville et ses publicités ? Mystère. On ne le saura jamais, mais il n’en reste pas moi mon morceau favori de l’album…
En bonus, Shikimo ne vous laisse pas partir comme ça et vous offre un petit rappel avec Infinity. Reprenant à peu près les choses où Exploring Neptune s’était arrêté, on retourne dans l’espace le temps d’une dernière transmission d’arpège hypnotique avant de sombrer lentement dans l’infini et les ténèbres.
Pourvu que les secondes soient des heures
Off-World est un album passionnant : on a beau être dans un mélange de Dreamwave et de Space Synth, Shikimo sait ajouter à sa musique une touche de mysticisme et de mystère qui parviendra à titiller les imaginations fertiles. Une démarche qui m’a rappelé à de nombreux égards Lorn qui lui aussi sait captiver mon imagination… mais avec des décors clairement moins hospitaliers… Voire même carrément noirs.
Off-World est un immanquable pour les fans de Space Synth, justement pour tous les petits à-côtés qu’il amène au genre et pourra séduire aussi les fans de SF sous prozac. De manière plus générale je le conseille aussi aux curieux qui aiment s’immerger profondément dans une musique. Si vous vous êtes déjà allongé sur votre lit avec votre casque audio à fond sur les oreilles et et que vous avez senti votre pouls se caler sur le rythme de la musique, alors vous savez de quoi je veux parler. Et bien Off-World est l’album parfait pour ça.