A l’occasion de la sortie prochaine et imminente de son premier album live CARPENTERBRUTLIVE qui sortira à la fin du mois de juin, nous recevons Carpenter Brut, un des plus importants piliers du mouvement Synthwave et plus particulièrement Darksynth qui grimpe sur les scènes Electronique et Heavy Metal françaises et mondiales, jusqu’à se produire à l’Olympia à Paris en mars 2018. Cet ingénieur du son, issue de la scène Metal, nous dévoile dans cette interview sa vision de la musique, la raison pour laquelle il a créé son propre label No Quarter ainsi que ses récentes collaborations avec le duo de réalisateurs Seth Ickerman et sa présence dans le documentaire Rise of the Synths.
Interview réalisée par Retro Synthwave, traduite pour Synthspiria. Version originale et anglophone à lire sur Retro Synthwave (english version).
Bonjour Carpenter Brut, pourrais-tu te présenter à nos lecteurs qui te connaissent peu ou pas encore ? Tu dis que tu viens du Metal mais quel était ton rôle dans cet univers ?
Bonjour ! Alors… pour te dire je déteste me présenter donc on va faire très simple : je suis Carpenter Brut, je viens de nulle part et je fais de l’électro rigolo. J’écoute du Metal depuis ma plus tendre adolescence. De là, à découler un intérêt majeur pour le son et le matos jusqu’à devenir « ingé » studio et live de groupes de Metal, Grind, Hardcore etc…
Pourquoi ce choix de ne pas vouloir dire de quelle ville tu viens, de ne pas mentionner ton nom/prénom dans ta bio, sans photos de toi ou autres révélations sur ton passé ? Depuis le début, tu vois ton projet “Carpenter Brut” comme un “nouveau départ” ?
J’ai délibérément fait le choix de faire passer ma musique avant ma bio, mon image ou toute autre information pas vraiment importante et pertinente sur ma personne. Quand j’écoute de la musique ce qui m’importe le plus c’est l’œuvre de l’artiste et pas de savoir si sa coupe de cheveux est tendance ou s’il a eu son BAC avec mention. Carpenter Brut n’est donc pas le propos pour me créer une identité pseudo mystérieuse et me créer un nouveau départ, mais plutôt de rester cohérent avec mes idées.
Comment expliques-tu que de plus en plus de musiciens venant du Metal, Black/Death Metal (Perturbator, Dance with the Dead, Elevn… toi) suivent la voie de la musique électronique inspirée des années 80 ? La Synthwave ou plus particulièrement la Darksynth ?
Je n’en ai aucune idée. C’est une vraie colle que tu me poses !
Tu dis que ta principale influence musicale pour CB est le duo JUSTICE (fan de leur version de Master Of Puppets je suppose) mais que tu as voulu y mettre une touche plus sombre inspirée de films et séries d’horreur des années 80. Tout ceci sans écouter d’Electro et sans aucune connaissance de production de ce genre musical. D’après toi, Carpenter Brut existerait-il si nous étions en 1985 sans internet et ses tutoriels disponibles en 2 clics ?
En fait, je n’aime pas leur cover de Master Of Puppets, je pense que j’aime trop la version originale. Mais pour répondre à ta question, Carpenter Brut (sous un nom différent) aurait-il fait des bandes originales de films d’horreur en 1985 ? Ou aurait-il fait de la Disco ? Certainement pas car c’est un projet qui existe aujourd’hui et qui ne vient pas du passé, mais cela a du sens. Comment Mozart aurait-il ressemblé s’il avait vécu à Seattle en 1995 ?
Depuis 2012, tu as sorti trois EPs de six titres chacun, les deux premiers sur BlackBvs Records et le dernier sur un label nommé No Quarter Prod. Ça te dit quelque chose ? Pourquoi cette décision de créer ta propre maison de disque dans une époque, on va dire, très difficile pour réussir à vendre sa musique car on vit dans une génération où la vie d’un groupe dépend de ses prestations en concert et pas de la vente de ses albums/maxis ?
L’idée de créer mon propre label a toujours été et sera toujours dans un but de total indépendance (tant sur l’image et l’artistique). Je n’avais pas envie de signer sur un label et de devoir « rendre des comptes » et bosser à la commande ou sous la pression d’une deadline. Ce n’est pas, une nouvelle fois, la conception que je me fais de la musique.
Pour moi le meilleur moyen de te dégouter de ton art c’est de le déléguer à quelqu’un d’autre. Je trouve que de nos jours tu as des outils (Soundcloud, Bandcamp notamment) qui te permettent de mettre à disposition ta musique directement aux fans sans passer par un intermédiaire. Grace à cela, ça te permet de pouvoir investir sur du pressage physique et éventuellement sur du live. Mais il ne faut pas se mentir, cela demande aussi de l’investissement personnel. Mais quand tu veux porter ton projet jusqu’au bout cela ne se fait pas sans « sacrifice ». Cela fait partie du game. Au moins si ça se plante tu ne pourras t’en vouloir qu’à toi-même, et c’est aussi valable dans l’autre sens.
Je n’avais pas envie de signer sur un label et de devoir « rendre des comptes » et bosser à la commande ou sous la pression d’une deadline
Tu as sorti quelques clips dont celui des morceaux Le Perv, Anarchy Road mais c’est celui de Turbo Killer qui a retourné la planète entière par sa qualité visuelle totalement incroyable. Comment as-tu connu ces deux génies “Seth Ickerman” et pourquoi avoir choisi de travailler avec eux ?
J’ai connu les Seth car qu’ils bossaient sur un projet de bande annonce pour un festival (Festival de l’Etrange, à Tours) et ils m’avaient contacté pour savoir s’ils pouvaient utiliser un de mes titres (Hang’em All) pour l’illustrer. Je connaissais les gars de loin et j’avais bien kiffé leur coté DIY : cette façon de bosser à la fois très artisanale et très intelligente. Quand tu mate le making of de Kaydara tout est dit. Ces gars-là sont très forts, c’était donc pour moi super excitant que de pouvoir collaborer avec eux.
Tu as précisé que tu leur avais donné carte blanche dans l’écriture du clip, à part le fait qu’il fallait qu’ils mettent en image des personnages important à tes yeux. Peux-tu nous décrire ton ressentiment quand tu as découvert le clip, deux semaines avant sa sortie ?
Quand j’ai découvert leur clip je me suis revu gamin le matin de Noël quand je découvrais mes cadeaux : extatique et surexcité. Et puis tu ne peux pas t’empêcher de te dire « bordel mais comment ils ont fait ça ? »
Peux-tu nous en dire plus sur la suite du clip qu’ils ont intitulé Blood Machines ou as-tu laissé Raphaël et Savitri tout faire à leur idée sans rien savoir ? As-tu composé de nouveaux morceaux pour l’occasion ou bien ont-ils pris des morceaux déjà composés mais pas sortis… des unrealesed tracks ?
Les gars ont carte blanche, ce sera un prequel du clip Turbo Killer. J’attends les premiers shots pour composer vu que je suis en charge de faire la bande originale. En ce moment je compose le morceau qui illustrera le clip dont va découler le moyen métrage Blood Machines.
On a vraiment hâte de te voir dans le documentaire américain The Rise of the Synths aux côtés de piliers tels que College, Mitch Murder, Miami Nights 1984, Lazerhawk, Timecop 1983 et surtout John Carpenter le père fondateur. Tu as même composé Night Stalker pour leur compilation. Comment t’ont-ils approché ? Regrettes-tu que ce style musical soit plus reconnu aux States, en Suède ou même au Brésil qu’en France ?
Comme dit l’adage « nul n’est prophète en son pays ». Il y a pleins de groupes qui sont plus connus aux States qu’en France et y développent plus de notoriété (Tahiti 80, Phoenix pour ne citer qu’eux). Pour être totalement franc, avoir plus de notoriété en France ou à l’étranger m’importe peu du moment que les gens kiffent ma zic’ et viennent aux concerts prendre du bon temps.
Sinon, concernant le documentaire The Rise of The Synths, le réalisateur (Ivan) m’a tout simplement écrit pour savoir si le projet me bottait et si je voulais y participer. J’ai accepté car j’ai trouvé le projet ambitieux et audacieux. C’est clairement pas le sujet le plus easy à faire accepter et à financer, mais les gars ont eu le courage de porter le projet jusqu’au bout.
Dans le passé, j’écoutais des groupes comme Cradle Of Filth, Immortal, Dimmu Borgir ou même Deicide qui étaient allés très loin dans l’esprit satanique avec la pochette de leur album Once Upon the Cross. Tu disais « le bouc et la croix à l’envers, j’ai trouvé ça cool sans vouloir y laisser un message ». Une question con, n’as-tu pas peur que l’arriviste de base porte plainte contre la Fnac pour avoir acheté ta compilation Trilogy en pensant que c’était un nouveau groupe de Black/Death Metal à cause de la pochette ? Comptes-tu toujours garder cette identité visuelle alors que ta musique n’a rien de satanique, contrairement aux groupes cités plus haut qui en font un argument de vente?
Je pense que de nos jours acheter un album à l’aveuglette sans l’avoir écouté au préalable doit être assez rare. Si à cela on ajoute le fait qu’on achète un album sur un coup de tête juste parce que la pochette est « cool » je me dis qu’on a plus affaire à un poseur qui s’achète des t-shirts Metallica à H&M qu’a un vrai mélomane.
La croix renversée c’est un clin d’œil à la croix de Justice. En renversant la croix et en utilisant une imagerie délibérément metal c’est aussi un moyen pour moi de rester ancré dans cet univers que je connais bien et de sortir des clichés Synthwave avec les quadrillages et des typos néons. J’avais envie de mixer deux univers que sur le papier tout oppose. Il en va de même pour la musique de CB.
Pour tes Lives, on a pu s’apercevoir que tu es accompagné d’un guitariste et d’un batteur pour un résultat très percutant. Pourquoi ce choix alors que tu composes seul et que d’autres se contentent juste de venir sur scène qu’avec leur MacBook Pro en cliquant « play » sur un set qu’ils ont préparé la veille ?
Justement parce qu’ils sont nombreux à le faire, j’avais envie de proposer quelque chose d’autre. Soyons francs, je n’ai pas le profil du mec qui ambiance une salle derrière son ordi et/ou ses machines. Ça je ne sais pas du tout faire, c’est un exercice que j’ai fait deux ou trois fois à mes débuts et que je ne réitérerai plus jamais. Pour moi faire des concerts ce n’est pas se cantonner à utiliser des machines ou un ordi et rejouer les mêmes titres que la version studio que tu écoutes chez toi. Avec un groupe et des instrument analogiques, j’avais envie de proposer des versions revisitées des titres studio et donner un côté plus libre à mes morceaux.
Je n’ai pas le profil du mec qui ambiance une salle derrière son ordi et/ou ses machines. Ça je ne sais pas du tout faire.
Que peux-tu nous dire sur tes prochaines sorties ? EP, Album, Remix, Soundtrack, clip, film…
Un album live pour le début de l’été !
Merci CB !
Nos remerciements à Space Master de Retro Synthwave pour l’interview.