Habillés en tenue de combat noire, avec moult chaînes et pics, le duo de Midnight Street Of Rage semble tout droit échappés d’un épisode de Ken le Survivant. Ils montent sur scène, l’un se place derrière sa console, l’autre derrière sa guitare.
J’avais déjà entendu leur premier album qui était exclusivement composé de Covers des thèmes du jeu Street of Rage. Réussi certes, mais qui ne parlera avant tout qu’aux fans de la licence.
Aujourd’hui, ils viennent défendre leur nouvel album New Heaven City à la Scène Michelet (Nantes). Il s’agit de leur bébé avec cette fois leurs propres compos. Et croyez-moi, je n’étais pas prêt pour ce que j’allais recevoir dans la tronche.
Toxi-city (Ouais je sais System of a Down l’a déjà fait ce jeu de mot)
L’intro Nueva York pose le décor de New Heaven City : une dystopie futuriste où les habitants sont privés de leurs émotions par des drogues, et sont contraints de prendre d’autres drogues pour gérer leur addiction à la première.
Oui, on n’est pas là pour rigoler : d’un coup la cover de l’album semble bien décalée (genre propagande, comme l’affiche de Miami dans Scarface).
Raging Engine (qui était le premier single dévoilé avant la sortie de l’album) est une superbe ouverture : basses électros, couches lourdes de synthé style “Orgue du futur”, carillons lointains mélodiques, le tout soutenu par une gratte qui sait exactement quand se mettre en avant et quand reculer un peu pour ne pas écraser le Mix.
Et c’est flagrant dans la deuxième moitié du morceau, lorsque l’intensité monte d’un cran et que les instruments se répondent sans jamais se marcher dessus, toujours pour pousser la mélodie plus loin et même charger lourdement en émotions ce voyage dans un monde condamné, qui justement n’en a plus… d’émotions. Wow.
Bon fini de niaiser et les dissertations intellos : ce qu’on veut, c’est des mecs avec des crêtes qui se mettent des coups de chaînes dans la tronche. Et justement, Hope est là pour ça. Dès le début, ça tabasse et le morceau envoie du lourd : ça shredde, c’est rétro et ça envoie des solos comme dans les eighties et ça headbang avec des cheveux longs.
Là encore, notre power duo se réponds, chacun s’appuyant sur les solis de l’autre pour enrichir le morceau, et j’avoue penser assez souvent aux “duels” de gratteux dans les groupes de Metal des années 80 en les entendant/voyant s’éclater à se renvoyer la balle comme ça.
Néanmoins, cette version d’album me semble tellement moins “épaisse” que le pavé Heavy qui m’a matraqué les oreilles hier : surtout le finish qui était d’une puissance démentielle en live qui se retrouve plus à l’étroit sur cette version : je reviendrais sur ce point en conclusion !
5 Minutes tout seul (Ouais Pantera OK OK)
On calme le jeu avec Solitary Waltz : à la fois une balade dans les rues de plombées de Nueva York et une ballade qui sert d’entracte de mi-parcours. Alors que les synthés distillent un groove empoisonné qui peut rendre accro, la gratte se fait plaintive et pleine de feelings.
D’habitude, je suis un peu du genre à aimer quand ça cogne plus… Mais Solitary Waltz est pour moi l’un des highlights de l’album, mais surtout, il y a sa suite…
Imaginez : on reprend ce groove venimeux, sauf qu’on le rend encore plus sombre et cracra, et on donne un coup de speed à la guitare : voici comment on pourrait résumer The Dancer.
Le résultat est ultra bad-ass, dangereux et groovy : ça sent aussi bien la sueur des super-héros des années 90 que celle des punks des années 80.
Il s’agit clairement de mon morceau favori de l’album, et si vous aimez quand c’est lourd et que et que ça fait headbanger la tête au niveau des genoux, alors vous allez adorer (vos cervicales un peu mois).
Deuxième single de l’album, No Brakes ramène la “Rage” dans les Rues de Minuit. Une rage contrôlée, avec des lunettes de soleil et qui tourne le dos aux explosions. Cette rage nous ramène aux films d’action des années 90. C’est brutasse, intense, c’est taillé pour le live (avec des espaces qui donnent envie de crier pour marquer le rythme), les cordes de la gratte chauffent et fument et surtout c’est d’une précision chirurgicale. No Brakes est définitivement l’un des Show-Stoppers de Midnight Street of Rage.
D’ailleurs, j’ai jamais bien compris cette expression… Un Show-Stopper, c’est une piste qui est faite pour mettre le feu en live, pas pour arrêter le show. Parce qu’on en veut encore justement…
Et ça tombe bien : il reste un track ! New Heaven City rempli parfaitement son rôle d’Outro avec une compo longue aux multiples variations et dialogues entre gratte / synthé. Il y a aussi de nombreux espaces pour que chacun puisse respirer, s’exprimer, et ça permet de clore l’album avec classe et maîtrise : chapeau bas les artistes.
Welcome to Nocturne City (OUI PERTURBATOR… MAIS AVEC UNE GUITARE !)
New Heaven City est une petite perle à mi-chemin entre la Darksynth et le Metal qui mérite toute votre attention.
On retrouve dedans tout l’Amour pour une époque qu’elle n’a connu que par écrans interposés d’une génération nourrie en intraveineuse aux héros invincibles des films et des jeux-vidéo des années 80/90.
Les compos originales vont bien plus loin que les covers des thèmes de Street Of Rage (le jeu) et permettent au groupe de s’exprimer bien plus librement (et efficacement !). Pour un tout premier album, ça déboîte sévère et j’espère qu’il saura trouver son public. Dans l’esprit, leur démarche me semble proche d’un certain Irving Force, et si vous nous lisez fidèlement vous savez tout le bien que l’on pense du bougre (album Darksynth de l’année 2018 quand même !).
J’ai rarement écrit une review aussi en urgence, mais si je l’ai fait, c’est parce que Midnight Street of Rage est en tournée actuellement et qu’il reste encore des dates pour les voir, et franchement si vous vous trouvez sur leur chemin, ne les manquez pas.
Attention quand même : l’écoute de l’album ne vous préparera pas à la baston de rue sauvage que Midnight Street of Rage vous réserve sur scène.
Et c’est bien là le seul petit bémol que nous pourrions faire à ce premier album et c’est là que son successeur devra placer la barre plus haut : parvenir à sortir les crocs sur la production et mieux retranscrire la puissance de leur son : que ce soit les assauts électros ou les shreds acérés, faut que ça cogne ! PLUS FORT !
Si Midnight Street of Rage y parvient, il y a fort à parier qu’ils pourraient rivaliser avec les grands de la scène : en particulier parce qu’ils ont une véritable maturité dans leur compositions mais aussi déjà une très bonne présence scénique.
D’un autre côté, je pense que leur son album actuel se veut fidèle aux années 80 et souhaite garder cette sonorité un peu rétro aussi bien Hair Metal que Jeux 16 Bits…
Trouver l’équilibre ne sera peut être pas facile, mais c’est un défi qui vaut clairement le coup d’être relevé, et lorsqu’ils auront trouvé leur son : je pense qu’ils pourront se renommer juste “Midnight Rage”, parce que les Streets auront été ensevelies par un Juggernaut inarrêtable.