Attention aux coups de Soleil avec Suncore de Niky Nine
Suncore est peut être le premier album de Niky Nine, mais le bougre est un des vieux de la scène Synthwave : à la façon des Shyguys avec leur Journey, Niky Nine a marqué et influencé toute une scène avec son single Road en 2013 sorti sur l’une des premières compilation New Retro Wave (qui a eu une suite Road Part 2 en 2016 sur la compilation Lazerdiscs Records Drive Radio 1). On n’avait peu de nouvelles depuis, quelques (bons) singles… Mais pas d’album en vue.
La traversée du désert s’achève (ou plutôt commence, Niky Nine m’a toujours évoqué des paysages désertiques à la Mad Max) aujourd’hui avec Suncore, toujours chez Lazerdiscs Records.
Quel avenir pour notre guerrier de la route ? Est-ce qu’il peut encore se faire une place au soleil aujourd’hui alors que de nombreux petits jeunes ont sorti leur(s) album(s) avant lui ? Bouclez votre ceinture, on part en balade !
Écouter Suncore de Niky Nine
Au soleil… M’exploser un peu plus… Au soleil !
Après une courte Intro très “Terminator” dans l’esprit, Niky Nine rentre dans le vif du sujet avec Cars. Résolument plus moderne dans son approche du DarkSynth que celle qu’il avait encore avec ses premiers singles qui gardaient une sonorité rétro, on s’approche ici des terres de Daniel Deluxe : du Boom Boom, quelques samples noirs et mystérieux, et un synthé qui cogne sans pitié. La basse synthétique slappée vient rajouter une couche bienvenue de groove et… Attendez… Est ce que c’est le synthé 80s qui débarque à la fin du morceau ? Mais oui ! Suite au prochain morceau…
Et il s’agit du plus contrasté Deadchrome : choeurs lumineux, accords de synthés plus clairs, solo de gratte épique mais toujours suivi par le martèlement incessant de la basse et son grondement menaçant en arrière plan.
Un morceau aux multiples visages qui est une véritable réussite pour Niky Nine qui impose ici un style à la fois puissant, lourd et noir tout en restant dans l’Outrun qui l’a fait connaître. Si vous cherchez un hit, il est là, sous vos oreilles.
Exhausted Divinity (déjà paru sur la compilation Future Dark Club) commence dans la poussière et le bruit blanc… et reste du côté obscur et pesant de la Synth pendant toute sa durée.
J’aime particulièrement comment Niky Nine a pu jouer avec les grésillements et les saturations pour donner un résultat “cracra” mais maîtrisé. En particulier sur ce morceau, ça crachote, ça souffle, mais c’est voulu et cela donne une vraie signature sonore à cet album et à Niky 2019. Beaucoup d’artistes se sont essayé à cette manœuvre et n’ont pas eu le résultat escompté.
Il est mort le Soleil !
Retour aux sources rétro, Aftermath ramène un peu de légèreté après le juggernaut Exhausted Divinity. On voit presque les palmiers défiler le long de la route et on a envie de tendre la main à la boîte à gants pour sortir les Ray-Bans. Le lead Synthé est juste excellent, à la fois catchy et pêchu, et donne le sourire jusqu’à la dernière partie du morceau où d’un coup, les grésillements reprennent et l’ambiance rechute…
Elle rechute grave même, avec l’intro éprouvante et angoissante de Prey. Sale et sombre, mais qui ne perds pas de son groove, certains samples m’évoquent une version destroy de Justice qui n’aurait pas perdu ses dents. Très très très stylé.
En lançant Thunder Kiss, je me suis demandé s’il s’agissait d’une cover du célèbre Thunder Kiss ‘65 de White Zombie (le premier groupe de Rob Zombie), mais non : que nenni. Il s’agit d’un morceau plus sulfureux, plus sensuel et posé. La Synthwave revient, mais les sonorités toujours saturées font aussi beaucoup penser à la Vaporwave, mais en plus rapide !
Sous le soleil des Tropiques !
L’album amorce sa dernière ligne droite avec Tears, avec en invité Bedroom Poet. Tout comme Thunder Kiss juste avant lui, le morceau jongle entre Synthwave et DarkSynth et l’on ne sait pas vraiment de quel côté de la balance nous nous trouvons… Et on s’en fout après tout des catégories… Fermez les yeux, laissez vous porter et vous verrez bien.
Et tant que vous planez, ce n’est pas l’intro de Lost Souls qui va vous faire redescendre. Très douce et aérienne, cette piste vous porte doucement vers le titre éponyme de l’album sur un petit nuage de coton, comme un petit San Goku sous prozac.
Réveillez vous : Suncore n’a pas dit son dernier mot ! Pour finir l’album, Niky Nine sort un track imparable qui reprends la formule de Road : rythme Outrun, synthés rétro, basses DarkSynth. Tout y est !
Ajoutez là dessus une composition très “fleuve” (les phases s’enchaînent à la perfection sans jamais se répéter, en restant cohérentes et naturellement…) et vous avez un dernier petit chef d’oeuvre pour la route. Niky Nine donne l’impression que c’est facile… Un morceau emblématique qui résume à lui seul sa patte griffue.
Suncore > Suncream
La grande force de Suncore, c’est son assurance. L’album est maîtrisé de bout en bout : aussi dans sa production que dans son mixage, rien n’est laissé au hasard et tout semble exactement à sa place. Et c’était un enjeu majeur, parce que la musique de Niky Nine est exigeante ! On comprends mieux pourquoi il aura fallu attendre si longtemps pour enfin pouvoir se passer cet album entre les oreilles tant la conception a dû être méticuleuse et complexe.
Plus qu’aucun autre artiste DarkSynth, il puise abondamment à la source Synthwave qu’il s’évertue de “souiller” du mieux qu’il peut pour obtenir un résultat unique.
Décadent ou nostalgique ? Survivant ou pionner ? Destructeur ou sauveur ? A vous de vous faire votre propre avis en écoutant Suncore…
Mais à mon avis Niky Nine est un peu tout ça en même temps.