Jusqu’à présent, l’anglais White Tiger était passé complètement sous mon radar… Il a suffit qu’il sorte un album avec une pochette un peu edgy pour attirer mon attention. Vous connaissez le dicton : “Avec Satan, c’est plus marrant !” ?
C’est pas toujours le cas, mais dans le doute, j’écoute quand même… En l’occurrence, KVLT est pas vraiment là pour rigoler !
KVLT de la personnalité.
Comme tout bon rituel satanique, avant de rentrer dans le vif du sujet, il faut se mettre dans le mood. Commencement of the VII est une intro qui emmène l’auditeur sur une pente mystique qui glisse doucement de plus en plus bas… de plus en plus profond… Direction le Grand Bouc Cornu ?
Typiquement Horror Synth, Season of the Witch a toute la panoplie de la track qui veut coller les miquettes. Carillons angoissants ? Check. Incantation en arrière-plan ? Check. Voix féminine possédée ? Check !
L’originalité vient de la boîte à rythme, définitivement moderne, qui ramène une petite touche industrielle bienvenue.
Toujours plus bas, toujours plus profond… le voyage continu.
Mais… Si on est en enfer là, c’est pas si terrible… Ca groove même un max ! Malgré les quelques growls d’arrière plan typés black metal ayant oublié ses pastilles pour la gorge, Cloak & Dagger est une piste ultra dansante emmenée par une basse slappée simple mais stylée.Difficile à décrire, mais diablement entraînant, genre Daft Punk qui sentirait fort le souffre et la mort, mais avec des spotlights fluos partout. Y’a même la petite ligne de chant vocodé ! Un morceau unique, qui tombe comme un cheveu sur la soupe après tout le build-up horrifique, tout en étant au final une réussite totale… Et il n’est que le premier morceau d’une longue suite de surprise.
Parle à mon KVLT…
Skeletron… Voici un titre flippant… On retourne dans l’Horror ? Et non ! Chanté par une méchante voix féminine bien stylée (Grabyourface, un pseudo du même acabit), on reste dans le Dark mais là on est dans l’indus, à moins que ce soit de la dark wave… avec des influences batcave ? Ho bordel j’en sais rien ! Ce que je sais, c’est que la guitare bien heavy et tout aussi distordue envoie le pâté, les vocaux et le refrain adlib vont vous mettre en trance, et là encore il était impossible de prévoir la direction qu’allait prendre l’album. Ce morceau, c’est un peu comme si Tank Girl débarquait dans votre salon en fracassant un mur avec un Panzer. C’est surprenant… mais aussi super classe.
On rentre dans le vif du sujet avec le morceau éponyme KVLT. Retour à l’ambiance flippante… Voix féminines qui chuchotent et se perdent dans le lointain… Échos dans la fumée… C’est moi ou ça sent le souffre encore ? Un petit interlude avant la suite…Ouhla, quelqu’un crie “Kill Me” et il a pas l’air bien. C’est Eyes Of The Zodiac qui commence… et là… je… Qu’est ce que c’est que ça… Une rythmique Drum’n Bass décérébrée, de l’électro hardcore, des voix hurlée, du boom boom boobooboom qui n’arrête pas.
C’est l’anarchie, une apocalypse techno/indus/metal qui n’oublie pas de rester dansante. De quoi rassasier les amateurs de musique les plus extrêmes, et le tout dans la même chanson. Gloire à Electro-Satan !
Sur le KVLT !
On calme le jeu en intensité, mais pas en badassitude. Satanic Panic ramène la formule Skeletron : guest féminin hargneux (Lucie Von Satan… Inconnue au bataillon, mais talentueuse !), grattes distordues noisies (de Sexydeath, un groupe de Goth Indus), rythme pachidermique… Décidément une formule qui lui convient.
Alors que les vocaux se font déchirants, impossible de garder toute contenance. On a parfois l’impression d’entendre une version cross-gender de Nine Inch Nails sous acide… D’ailleurs, Lords of Acid n’est pas loin parfois non plus, mais en plus… Punk ? Ecoutez vous-même : vous verrez bien que c’est définitivement le boxon cet album !
Comment finir KVLT tout en restant surprenant ? Pas compliqué : vous sortez The Legions ! Un morceau fleuve de 14 minutes qui commence dans le mysticisme le plus complet, passe par le Doom Metal pur et dur avec une surcouche de synthé cinglé et des solis de guitare heavy comme il en pleuvait avant de retomber dans l’Horror Synth. Une aventure qui s’achève dans la poussière, la sueur, et probablement un peu de sang aussi.
White Tiger, le TRVE du KVLT !
Au final, KVLT est un album polymorphe, un hydre aux nombreuses têtes qui digère autant d’influences. C’est un projet ambitieux, casse-gueule comme une partie de Jenga sur une faille tectonique. Néanmoins, par je ne sais quelle magie (probablement noire), White Tiger réussi la pirouette de faire tenir le tout ensemble de manière homogène et crédible. Sûrement parce qu’au delà de l’imagerie “dark”, c’est surtout un profond sens de l’efficacité qui maintient le tout bien serré.
KVLT est un petit bijou qui n’oublie jamais d’être dansant et décalé. Vous vous rappelez dans les films des années 80 / début 90 le genre de musique que l’on entends lorsque le héros se retrouve dans une boîte de nuit Punk avec des chaînes et tout ? Et bien White Tiger, c’est ça en version rétro-moderne.
KVLT est un album qui a des balls, qui les pose sur la table, mais qui ne le fait pas volontairement pour vous coller la honte. Non : si ses couilles pendent sous votre nez, c’est juste parce qu’elles sont trop énormes pour tenir dans un pantalon. Ça transpire la sincérité, une ouverture d’esprit totale et une certaine auto-dérision.
Bad Ass. Je n’ai pas d’autres mots, et de toutes façons celui-ci convient très bien.