Fer de lance du mouvement Darksynth en France auprès de noms tels que Carpenter Brut, Perturbator et Tommy’86, Dan Terminus décide de se livrer à nos questions à l’occasion de la sortie de son sixième album Last Call for All Passengers. Lancé sur la scène en 2014 avec un premier EP, Rêverie, dans une approche Retro Pop 80′, Dan Terminus s’est rapidement tourné vers le côté obscur de la Synthwave et de ses synthés, avec une suite d’albums Darksynth, à commencer par son premier The Darkest Benthic Division.
Et depuis son arrivée sur les plates-bandes de la Synthwave, Dan Terminus explore et dépeint à travers sa musique un monde qui vire à la dystopie Cyberpunk. La sortie de Last Call for All Passengers sonne comme un cri d’appel face à la destruction, à celui qui a faillit tout perdre. Cette assez longue interview est l’occasion une nouvelle fois d’en savoir un peu plus sur l’un des cavaliers de l’Apocalypse de la Synthwave française. On y parle Cyberpunk bien entendu, la période de crise accentuant l’ambiance, mais aussi lives et scénographie, de pochettes d’albums stylées, du futur de Dan Terminus et surtout, de musique !
Bonjour Dan Terminus ! Pour commencer par quelque chose de classique, pourrais-tu te présenter à ceux et celles qui ne te connaissent pas encore ou peu ?
Bonjour et merci de me donner la parole ! Je suis Dan Terminus, producteur de musique électronique que j’aime à décrire comme étant du cyberpunk, même si je fais parti du mouvement Synthwave, et ça ne me dérange pas d’être catégorisé ou catalogué comme tel. Je suis français, je vis à la cambrousse au milieu des animaux et du silence.
J’ai sorti quelques albums depuis 2014, que l’on peut retrouver en “Name Your Price” sur Bandcamp, pas besoin de payer pour ma musique médiocre, soyez rassurés. J’ai fait quelques tournées, notamment avec mon camarade Perturbator que vous connaissez peut-être, camarade qui a eu la gentillesse (ou l’inconscience totale) de m’emmener avec lui faire le tour de l’Europe.

Quel est ton parcours musical avant ? Une passion pour la musique dès l’enfance ?
J’ai commencé la musique assez jeune, poussé par mes parents qui m’ont fait suivre des cours de solfège à l’européenne et des cours de violon. Je garde d’ailleurs une haine farouche envers l’absence totale de logique de la clef de Fa, ainsi qu’envers la rigueur débile et le cadre ultra-restrictif du solfège européen qui, à mon sens, complique inutilement les choses.
J’ai écouté beaucoup de disques dans la collection de mes parents. Des trucs genre Vangelis, Jean-Michel Jarre, J.S. Bach etc. Ensuite, j’ai fait de la batterie, de la guitare et du chant lyrique. Puis j’ai découvert le métal et j’ai fait partie de plusieurs groupes, notamment un groupe de Death Metal et un autre de grindcore, jusqu’à faire mon propre groupe de métal dans lequel je chantais et jouais de la guitare.
J’ai toujours aimé faire de la musique. Je suis bien plus à l’aise dans ce domaine qu’ailleurs.
Comment est né le projet ? Une envie de quitter une scène pour une autre ? Se lancer en solo ?
Je m’ennuyais, je n’avais plus de groupe et j’en avais marre de me faire chier en salles de répétition à tenter de trouver des musiciens et accorder les agendas. Alors j’ai fait de la musique tout seul, avec un Atari 520STe, pour m’amuser et passer le temps. Et puis ça a pris, à ma grande surprise.
[…] il faut toujours garder en tête que tout peut s’arrêter du jour au lendemain: la musique, la santé, le boulot, la vie à deux, la vie tout court, TOUT.
J’avais pu lire sur ton Twitter que tu avais quitté ton boulot du jour au lendemain pour un premier concert aux Etats-Unis. A cet instant, comment te sentais-tu ? Le fait de tout quitter pour vivre sa passion.
En réalité, j’ai bossé pendant un certain nombre d’années pour une très grosse entreprise française, et j’ai fait un burnout ce qui m’a amené à m’endormir au volant et encastrer ma caisse contre un mur. J’ai pas tout quitté d’un coup, ça s’est fait progressivement. Et un matin, j’ai dit “Niquez vous, ça suffit, j’me casse.” Il aura fallu un moment pour prendre la décision, parce que comme j’étais dans le déni, c’était pas évident. Il m’a fallu un peu de temps pour me remettre après tout ça. Les dégâts n’étaient pas physiques mais mentaux, on va dire.
Ce que j’ai vécu n’a rien d’exceptionnel car pleins d’hommes et de femmes l’ont vécu, le vivent et le vivront (malheureusement) encore en France et ailleurs. Certains disent que c’est une faiblesse, mais c’est une troisième voie assez facile de qualifier de faiblesse le comportement de gens qui sont arrivés au bout de leur endurance.
Donc après tout ce merdier, me voilà parti aux USA pour une tournée géniale dont j’ai encore de très très bons souvenirs. Je me suis même pris un day off à Cocoa Beach, pépouze, au bord de l’océan, à marcher sur le sable de la Floride et envoyer le reste du monde se faire foutre. Je pense qu’on ne peut pas faire mieux comme transition. Ma vie est passée d’un truc chiant et terne à un truc stimulant et coloré. Le burnout est l’une des meilleures choses qui me soit arrivé, puisque ça m’a permis de me recentrer sur moi-même, sur mes priorités et de vivre selon mes propres valeurs.
Moi, ça va très bien aujourd’hui, et tant mieux.
Par ailleurs avec Perturbator, Carpenter Brut et Tommy’86, vous étiez les fers de lance du mouvement Synthwave et notamment Darksynth en France, qu’est-ce que cela fait d’être à ce niveau, d’être une tête d’affiche de la scène ?
Alors ça n’est pas quelque chose que j’avais prévu. Je n’ai jamais eu comme objectif d’être une tête d’affiche ou autre. J’ai eu la chance d’être reconnu pour la qualité (toute relative, hein ?) de mon travail. Je suis de base un gros con bruyant qui fout de la disto sur des synthés, rien de plus; et je compte bien rester ainsi. Mais je ne vais pas jouer les faux modestes, c’est bien plus agréable d’avoir des compliments sur la qualité de mon travail que de susciter l’indifférence, donc je ne vais pas me plaindre.
Je n’ai jamais pris la mesure de mon “ampleur” et je ne pense pas être une tête d’affiche de la scène, et je dis ça sans fausse modestie ou bien sans que l’on essaye d’accepter le présupposé égoïste de mon message en me disant “Mais non coco, t’es le meilleur !” Le jour où j’ai vraiment compris que ma musique touchait beaucoup de monde, c’est quand j’ai ouvert pour Perturbator au Trianon en 2019, et que la salle était bondée même pour moi. Avant d’entrer en scène, l’assistante plateau m’a dit que la salle était pleine et que, pour une première partie, c’est carrément bien. Et puis l’assistante plateau a dit “Noir salle, entrée Dan Terminus” et j’ai entendu la salle hurler. Là, j’ai compris. Cependant, il faut toujours garder en tête que tout peut s’arrêter du jour au lendemain: la musique, la santé, le boulot, la vie à deux, la vie tout court, TOUT.
Donc il faut toujours travailler sur ce que l’on aime et ne pas se reposer sur ses acquis. Mais ouais, j’avoue, ça m’a fait plaiz’ de vivre un moment pareil, c’est quelque chose que je n’oublierai jamais. Si la musique s’arrête, au moins j’aurais vécu ça: une soirée parfaite en tous points, à jouer devant 1500 personnes. Quant à Perturbator, sans lui je ne serais pas où j’en suis aujourd’hui donc je lui dois quand même une bonne partie de ma carrière.
Le Brut je l’apprécie énormément et c’est quand même un gars qui m’a proposé d’ouvrir pour lui à Lyon et à Paris alors qu’il était pas obligé de le faire vu qu’il avait déjà son tour support à l’époque. C’est grâce à lui que j’ai pu faire le Trabendo, c’est pas rien. Et le Tommy, ben j’ai fait la Clef Saint Germain avec lui et on s’est bien marré, on a fait un gros sold out et il a joué Heavy Disco Machine, un titre qui a couché tout le monde ce soir-là ! J’avoue, j’étais dans la salle et putain, j’étais jaloux de la sauce de ouf qu’il a balancé !
Perturbator propose de nouvelles choses à chaque album, le Brut aussi et Tommy aussi. Et en ça, c’est une attitude louable car ça montre qu’on reste pas dans le même schéma ad vitam.
Et au fait, pourquoi le nom de Dan Terminus ? Un lien avec le film avec Johnny de 87 ? Un rapport à Terminus chez les romains ?
C’est bien évidemment une sorte de blague/clin d’oeil à ce somptueux film Terminus avec Johnny Hallyday, il n’y a qu’à demander à Volkor-X, il est largement au courant de la blague et ne manque pas une occasion de me le rappeler. A la base, je voulais que ce soit Terminus mais j’ai rajouté “Dan.” C’est Bad Taste Factory qui m’a fait le logo, d’ailleurs.

On y manquera pas de demander à Volkor ! Depuis les débuts de Dan Terminus, ta musique est associée au mouvement Synthwave. Ce terme Synthwave pouvant paraître fourre-tout pour le premier quidam venu, allant de The Midnight à Dance with the Dead, des néons et palmiers, au Cyberpunk crasseux. Comment la définirais-tu avec tes propres mots ?
Eh bien c’est une musique électronique faite avec des sonorités rappelant les années 80. Grosso merdo, c’est ça !
Il y a une sorte de vibe qui fait jouer la fibre nostalgique, un truc qui rappelle les années où on avait des forfaits téléphoniques qu’on payait à la minute, où on faisait du vélo sans casque et sans protection, où on bouffait film après film sur VHS, où le répertoire du téléphone était en papier etc etc. Ça doit rappeler le futur du passé, à savoir le futur tel qu’on l’envisageait dans les années 80. Même le futur crade et désespéré des années 80 était shiny et sexy, alors qu’aujourd’hui, les visions artistiques proposées sont quand même bien plus dark, bien plus déprimantes.
Les 80s avaient une sorte d’innocence, à posteriori, et proposaient une vision qui est resté chargée de fun. Je pense que c’est ça qui reste très attirant, malgré tout. En pratique musicale, c’est une grosse basse sidechainée à la croche ou double croche, une grosse Linndrum avec une snare overdosée de reverb et un gros gate, un ou deux vieux pads avec une grosse release, saupoudrés d’arpèges ou de notes jouées dans les octaves hautes et on est bon. Des fois, on rajoute une voix et ça fait de la synthwave, synthpop et autres. D’autres fois, on rajoute de la disto, de la guitare électrique et ça fait du darksynth, cyber et autres. Rien de bien compliqué.
Je m’en fous complètement tant que ça sonne. Ça peut même être un vieux Casio pourri, j’en ai rien à secouer.
Quel est ton set-up de composition ? Des instruments hardware ?
Je compose d’abord dans ma tête et je garde mes idées en mémoire jusqu’à ce que je les retranscrive sur mon DAW, à savoir FL Studio 10. Pas besoin de hardware, on s’en fout, l’important c’est d’avoir une bonne idée de morceau et le reste suit naturellement. Je n’ai de hardware que pour le live, à savoir un Minilogue et un Prologue 8. Ça suffit largement, d’autant que le Minilogue rentre dans un bagage cabine et c’est très pratique pour voyager avec.
J’ai fait toute la tournée aux USA avec le Minilogue au-dessus de la tête dans le coffre à bagage de l’avion et je me suis fait chier un nombre incalculable de fois à le sortir/re-rentrer aux checkpoints de sécurité américains. Il y en a qui s’en foutaient, d’autres qui trouvaient ça marrant et, à Seattle, une officer m’a demandé d’expliquer ce qu’était ma pédale de distorsion Boss DS1 car, sur son écran de contrôle rayons-x, ça ressemblait à un détonateur ou un élément de bombe artisanale.
Ton set-up de rêve en termes de matos, ce serait quoi ?
Je m’en fous complètement tant que ça sonne. Ça peut même être un vieux Casio pourri, j’en ai rien à secouer. J’ai déjà les synthés que j’aime bien, donc je me contente de ce que j’ai. Minilogue et Prologue 8 comme je le disais, et à la maison j’ai un M1 payé 50 balles sur le bon coin, et un Wavestation EX. Mais ils pèsent chacun le poids d’un âne mort et les emmener en tournée, c’est pas pratique. Du coup, j’utilise la version VST sur mon ordi de scène et ça va très bien. C’est pas parce qu’on s’entoure de matos qu’on va forcément sonner mieux, hein ? Si la musique est merdique à la base, elle le restera même si on fout des dizaines de milliers d’Euros dans du matos, vintage ou pas.
En vrai, je pense qu’il faut avoir le moins de sources d’emmerdes possible, quand on tourne. Deux synthés et une pédale de disto, ça me va. Mais je comprends que d’autres musiciens aient besoin d’un gros set-up. Ça se trouve à l’usage. Le mien, au moins, il est déballé/remballé en dix minutes.
Après, si on parle de matos hors synthé, j’ai déjà quelques grattes électriques à la maison qui sont mes bébés: une Jaguar et une Strat MIJ, notamment. Mon Graal en matière de gratte, ça serait une BC Rich Mockingbird et une BC Rich Bitch, mais vas-y en trouver en gaucher c’est pas évident et ça coute un rein. J’ai une Warlock de droitier que j’ai mise en gaucher mais c’est injouable tel quel parce que totalement déséquilibré, alors elle pourrit dans son carton.
Tu en es actuellement à ton cinquième album. En 2014, tu sortais ton premier EP, Rêverie, ainsi que l’album Stratospheric Cannon Symphony, deux œuvres relativement différente de ce que tu fais désormais. Une différence qui s’étend à leur imagerie et à leur titre. Comment s’explique cette évolution vers cette noirceur, cette dystopie au fil de tes albums ?
Envie de faire autre chose. Mais j’avais déjà sorti The Darkest Benthic Division début 2014, un album qui est malgré tout assez dark. Stratospheric Cannon Symphony est mon deuxième album. J’ai eu envie de faire de la musique un peu plus dark parce que c’est ma sensibilité métal qui s’exprimait, je pense. Et puis je n’aime pas faire deux fois la même chose.
Quant à Rêverie, je l’ai fait pour la déconne, pour le plaisir de composer des petits morceaux mielleux et sucrés, façon pop 80s. Et puis bon, les palmiers, Miami, les Lamborghini Countach et les néons, c’est marrant mais y a un moment où il faut penser à faire autre chose. Même si je suis pas à l’abri de me lever un matin et de pondre un truc ultra cheesy 80s avec une jeune femme blonde aux cheveux longs, en maillot de bain blanc, portant une visor hat rose, assise sur le capot d’une Lamborghini Countach en néons verts au bord de la plage de Miami, hein ?
En parlant d’imagerie, tes pochettes d’album sont très travaillées et très détaillées. J’avais cru comprendre que certaines n’étaient même pas imprimables tant la palette de couleur est large. Tu collabores depuis pas mal de temps avec l’artiste Luca Carey, conférant une véritable identité et plus-value à tes albums. Comment s’est faite cette collaboration ?
Alors pour les deux premiers albums, “The Darkest Benthic Division” et “Stratospheric Cannon Symphony”, j’ai travaillé avec Bad Taste Factory qui m’a fourni les covers.
Quant à Luca, il m’a contacté après avoir écouté “The Darkest Benthic Division”, quelques temps après la sortie de “Stratospheric Cannon Symphony” en m’envoyant son portfolio. Et bien évidemment, je n’ai pas travaillé avec quelqu’un d’autre depuis. Son portfolio est une porte ouverte sur un monde à la fois onirique et cauchemardesque, mais jamais repoussant. C’est un véritable génie de la peinture et du dessin, doublé d’un maître en matière de couleur. Je ne comprends pas comment un gars aussi doué n’a pas encore été reconnu.
Comment se passe la conception d’une pochette ? Tu donnes des intentions, des idées, des directives pour donner une idée globale du rendu final ? Carte blanche ?
La plupart du temps, c’est ce cher Luca qui prend une idée que je lui donne et qui la transforme au-delà de ce qu’un esprit humain est capable d’envisager. J’ai donné à Luca quelques indications à peine pour chaque cover, sauf celle de “Last Call For All Passengers” où j’ai été plus précis, et j’ai compris qu’il faut le laisser faire. Ne surtout pas le contraindre.
C’est le lot des artistes comme lui : il faut les laisser exprimer leur génie pleinement en leur donnant un petit cadre mais pas plus. De toute façon, Luca tu lui dis “Dessine moi un bocal à cornichons” et il te file en retour une peinture monumentale qui représente la naissance de l’univers, le tout avec cent couleurs par centimètres carré, et c’est tellement beau que tu fermes ta gueule et t’es content d’avoir une telle cover pour ton album.
Peux-tu nous parler un peu de la pochette ? Ces chevaux, ces teintes verdâtres…
Les chevaux, c’est parce que j’adore les chevaux. Ce sont des mentors silencieux et non jugeants, qui sont capables d’avoir une lecture fine instantanée de nos émotions, même les plus enfouies. Ils me font beaucoup de bien. Je travaille souvent à pied avec eux, pour le plaisir d’apprendre des nouveaux tours avec eux mais aussi pour me faire du bien. J’ai une préférence pour les chevaux de trait, les bons gros bourrins qui tirent des charges, mais j’aime tous les chevaux en général. Sur la pochette, le cheval noir est un mélange entre un Mérens (cheval noir robuste des Pyrénées centrales) et un Trait Comtois (cheval de trait originaire de Franche-Comté).

Je voulais qu’on le voit sur la pochette, dans un monde déserté par les humains depuis longtemps. Le cheval fantôme à côté est un rajout de Luca. Les teintes sont une contrainte que j’ai donné à Luca, à savoir trois putains de couleur, pas plus ! Pour lui, ça a été une véritable souffrance (ya qu’à regarder le nombre de couleurs qu’il utilise en règle générale…), mais il s’est plié au challenge et j’aime le résultat ! La back cover, par contre, c’est un Cthulhu que Luca a peint quand je lui ai dit de se lâcher et de peindre ce qu’il voulait. La front cover, c’est un zoom maximal dans ma vision du truc. La back cover, c’est un zoom out maximal sur la vision de Luca du truc.
La pochette de l’album est censée représenter un monde où les humains ont disparu, où aucune trace de vie (sauf animale) n’est visible. J’ai aussi eu envie de proposer quelque chose d’autre, et ainsi de demander à Luca de “changer” un tant soit peu. Je pense qu’en voyant la pochette, on se dit mission accomplie.
Parlons un peu de l’album, comment s’est déroulé sa création, sa genèse ?
Plutôt bien. Il est né de la destruction d’un album précédent, composé pendant la phase de relâche du burnout. Mais c’était un album de merde. J’ai fait écouter un morceau de ce dit album de merde à Perturbator alors qu’on était en tournée, quelques mois après. J’ai vu qu’il n’était pas enthousiasmé, moi non plus remarque. Je me suis rendu compte que cet album était véritablement à chier par terre. Alors aussitôt rentré de tournée, j’ai tout supprimé et j’ai composé un nouvel album, le fameux “Last Call For All Passengers”
J’ai composé l’album assez rapidement, en une semaine, en suivant mes idées. Ça a été hyper plaisant de bosser dessus, là où par exemple “Automated Refrains” en finissait plus de me faire chier à exiger des rajouts, des modifs etc. L’album s’inspire de l’envie de vivre que j’ai ressenti (et ressens toujours) après m’être sorti du burnout. C’est pas un album joyeux et/ou niais mais c’est un album enragé se focalisant sur le fait de vivre et de lâcher prise en envoyant le reste du monde se faire foutre.
Oui, nous vivons d’ores et déjà dans un monde cyberpunk sauf qu’il n’est pas sexy du tout.
On ressent une volonté d’aller plus loin dans la brutalité à travers cet album. Il y a même certains morceaux avec des sonorités très Techno et EBM. L’album est également moins long en terme de durée que tes précédentes productions, la durée des morceaux est également diminuée par rapport aux précédents. Une envie de taper plus fort et vite ?
Oui. Je pense avoir fait ma part en matière de morceaux complexes et alambiqués, et là j’ai eu envie de changer un peu. Grimoire Blanc c’est cool, mais des morceaux courts et efficaces, ça l’est tout autant. J’aime les deux aspects, hein ? Mais bon j’ai eu envie d’être pertinent d’une manière plus immédiate. La simplicité et l’efficacité. Une fois encore, je me répète mais j’aurais pu faire Automated Refrains 2, je l’ai fait une fois et je connais la “formule” mais franchement, c’est quoi l’intérêt ? Est-ce que c’est pas plus marrant de proposer des nouveaux trucs et de suivre une idée singulière.
On ne peut s’empêcher de voir un écho de la pandémie actuelle dans l’ambiance Cyberpunk transmise par cet album. La crise actuelle a-t-elle eu un impact sur la composition ?
Pas du tout, puisque je l’ai composé bien avant tout ce merdier. Ce qui m’attriste c’est de ne pas pouvoir partir en tournée pour en faire la promo en vrai et rencontrer des gens.
À ce sujet, est-ce que tu penses que nous vivons déjà dans le monde que tu dépeins dans tes albums, à ces prémices au moins ?
Oui, nous vivons d’ores et déjà dans un monde cyberpunk sauf qu’il n’est pas sexy du tout. On n’a pas les voitures volantes, les Replicants et les offworld colonies, mais on a tout le reste. Ça s’amorce tout doucement mais, à mon sens, d’ici une cinquantaine d’années, le monde sera un mix entre Deus Ex, Cyberpunk 2020, Neuromancer et Mona Lisa Overdrive. J’espère que je me plante mais bon, parti comme c’est parti…
Et je le dis souvent mais, à l’heure actuelle, notre monde me fait clairement penser à un épisode géant des X-Files, ce qui me plait et m’attriste en même temps. J’adore les X-Files (c’est la seule série que je regarde) mais ça devait être une série à la base, et pas un chassis pour la réalité de 2020.
Last Call for all Passengers pourrait sonner comme une bande-originale de film Cyberpunk dans un univers à la William Gibson, l’as-tu pensé comme cela au fil de sa création ?
Merci du compliment ! Le seul album que j’ai réellement pensé comme une bande-originale cyberpunk en général, c’est “The Wrath of Code”
“Last Call For All Passengers” c’est du cyberpunk mais sans thème précis pour lier les morceaux entre eux.
Je veux dire que bon, j’ai déjà fait un Blade Runner et une Replicant qui s’enfuient en bateau avec “The Darkest Benthic Division”, une IA mi-humaine mi machine qui contrôle les machines et déglingue l’humanité “The Wrath of Code” et des sentient machines seules et abandonnées dans un monde où leurs créateurs ont disparu depuis des milliers d’années et qui se posent des questions sur la condition humaine “Automated Refrains” donc bon…
Faut vraiment voir ça comme une collection de morceaux cyberpunk, rien de plus. Ça fait du bien de balancer de la musique sans forcément la lier à un concept ou une histoire. Là aussi, je dis pas que plus jamais j’écrirai un truc sur une IA solitaire qui se pose des questions sur sa condition mais là, j’ai envie de faire d’autres choses. C’est pas une trahison ou un abandon du cyberpunk, c’est simplement une variation sur le thème.
Il y a une date aux UK pour 2021, mais même si le C-Virus a été déglingué d’ici là, il va falloir voir ce que le Brexit a donné pour les musiciens européens venant jouer sur le territoire british.
Pour accompagner la sortie de l’album, deux morceaux ont eu droit à des clips, Ruins et Feral, pourrais-tu nous en parler ? Les deux étant très différents : le premier, un clip live porté sur la danse et Feral, usant des fractales.
Bien volontiers ! Alors pour “Ruins”, j’ai voulu faire quelque chose qui soit sensuel et élégant, avec de belles danseuses (qui sont d’ailleurs gymnastes), sans tomber dans des trucs beaufs ou vulgos. Je veux dire, tout le monde peut filmer une nana en bikini cuir faire du twerk ou du pole dance ou en train de lécher une banane métallique ou alors deux nanas mal dirigés par le réalisateur qui se roulent une pelle comme on boufferait un plat d’épinards, mais paye ta beaufitude quoi. La plupart du temps, c’est mal joué et au lieu d’avoir un effet marquant par la cohérence du truc, ça marque parce que c’est nul à chier.
Avec les nanas et leur coach (qui est aussi une nana), on a voulu faire quelquechose qui soit beau, sensuel sans être érotique et malgré tout qui picote un peu la curiosité et titille les sens des hommes comme des femmes. D’ailleurs, on a bossé pour qu’il n’y ait aucun boob shot, c’est pour ça que les nanas ont, dans certains plans, la main sur leur poitrine afin d’être certaine de caler leur justaucorps et qu’on ne voit rien. Et j’ai aussi filmé des chevaux que je connais bien. Chacun interprète selon ses envies.
On s’est bien amusé à faire ça en une journée, j’aurais aimé faire plus de plans mais j’avais pas suffisamment de temps et d’argent pour louer le studio plus longtemps, alors on a fait avec les moyens du bord. Les nanas ont été hyper pros et ont marqué sur un papier, que j’ai toujours, tous les mouvements qu’elles voulaient faire. C’était un bonheur de bosser avec elles. Des vraies pros qui ont un sens de l’humour ! J’ai tout filmé et monté moi-même, c’est bien plus marrant.
Quant à “Feral”, c’est moi qui ai fait toutes les fractales que l’on voit dans le clip, ce qui n’a pas causé la mort de mon CPU, contrairement à ce qu’on pourrait croire. C’est juste que ça a pris des plombes parce qu’à chaque frame, le CPU semblait rajouter encore plus de charge liée à je ne sais pas quoi. Bon, faut dire que j’avais mis des paramètres assez élevés sur tel ou tel truc du logiciel. Mais ça en valait la peine ! Et ce n’est pas de la 3D, ce sont des animations de fractales.
J’ai livré le clip avec deux semaines de retard, du coup. J’avais pas d’autres ordi à utiliser pour faire une farm d’export. J’aurais pu rajouter des trucs avec After Effects mais je me sentais pas de repartir dans un mois d’export H24 juste pour des z-buffer machin mes couilles. Pas la patience, sérieux. Les fractales, c’est sympa et relaxant. Je ne comprends pas comment fonctionnent les formules et les mathématiques de ce truc, mais je sais comment faire interagir telle ou telle formule avec une autre. Ensuite, c’est des essais jusqu’à trouver quelque chose de satisfaisant. On peut passer des heures devant ces créations qui font soit penser à un paysage, une machinerie, un ensemble biologique ou autre. J’ai voulu donner une sorte de petit voyage à faire à ceux et celles qui auraient le temps de regarder le clip.
Aujourd’hui, en cette période de crise, en tant qu’artiste, comment ça se passe avec la sortie d’un nouvel album ? Une tournée est-elle envisagée, bien qu’impossible à planifier actuellement ?
J’adorerais repartir en tournée, mais c’est compromis en ce moment. A l’heure où j’écris cette réponse, il semblerait qu’un vaccin puisse venir nettoyer tout ce bordel, donc j’ai bon espoir. Mais maintenant, planifier quelque chose est trop risqué pour un artiste tel que moi. Il y a une date aux UK pour 2021, mais même si le C-Virus a été déglingué d’ici là, il va falloir voir ce que le Brexit a donné pour les musiciens européens venant jouer sur le territoire british. Mais bon, soyons optimistes et gardons espoir, on verra bien. En tout cas, l’envie de remonter sur scène est bien là.
Est-ce que tu vois des alternatives pour continuer à faire des concerts sans salle ?
Non. Je n’ai pas envie de me poser devant une webcam et proposer aux gens de me voir jouer du synthé avec une connexion Skype qui saute, encore moins de filmer ma gueule et de me streamer en train de jouer à Pac-Man. Le concert pour moi, c’est en vrai, et pas en virtuel. J’ai envie d’entendre les gens, même s’ils sont au premier rang et se font chier et parlent avec leur voisin de ce qu’ils ont bouffé avant de venir au concert (c’est du vécu). Mais je ne suis pas contre le fait que certains groupes proposent des concerts virtuels ou autre, c’est une très bonne initiative. C’est juste que j’ai pas envie de le faire, j’en vois pas l’intérêt, trop frustrant.
Concernant ta scénographie, as-tu envie d’apporter de nouvelles choses ? Je ne t’ai vu qu’une fois, c’était à Nantes à la Scène Michelet avec Perturbator ! C’était en 2017, l’eau a coulé sous les ponts depuis, ça donne quoi d’ailleurs maintenant, Dan Terminus en live ?
Je me souviens bien de cette date, ma scéno n’était pas la mienne mais avait été faite par une nana très douée qui bossait pour la Scène Michelet justement. Le live, ça reste moi et mes synthés et mes distos, et je balance tout ce que je peux. Je demande toujours un max de machine à fumée, sachant que mon idéal de fumée sur scène est d’en avoir autant, voire plus, que les Fields of the Nephilim à la grande époque. Du coup, j’ai investi à donf dans de la carboglace mais C-Virus aidant, c’est chez moi dans ma piaule en attendant des jours meilleurs.
Je n’ai pas les moyens d’avoir des lasers multi-point, des totems de lights ainsi que les personnes pros pour gérer tout ça, alors je trouve des solutions maison. Il y a toujours moyen de faire quelque chose de bien avec un peu d’astuce et de bricolage. Mais j’ai eu la chance pendant les tournées de tomber sur des ingés lumière et ingés son qui m’ont fait un travail au poil.
Si tu avais l’occasion de faire la première partie d’un grand artiste ou groupe, ce serait qui ?
J’aimerais jouer en première partie d’artistes qui sont des influences majeures pour moi, mais je ne pense pas que le résultat soit pertinent.
Après cet album, une envie de continuer avec Dan Terminus ou le “Last Call” est-il annonciateur d’un retrait de la scène ?
Le titre “Last Call For All Passengers” est tiré d’une phrase que j’ai crû entendre en regardant “Frankenstein Junior” de Mel Brooks lorsque Frederik “Fran-ken-stine” monte dans le train en partance pour la Transylvanie, et n’est pas du tout un chant du cygne. Je continue à travailler sur de la musique et j’adore ça, je n’ai aucune envie de m’arrêter.
Bon d’entendre ça ! Et quoi de prévu pour la suite ?
Pour l’instant, rien à part faire de la musique et voir où ça me mène. J’aimerais bien bosser pour des jeux vidéos ou des films/courts-métrages, faire des trucs à la commande avec un cadre. Ça me plairait bien mais je n’ai rien pour l’instant.
Tu as déjà collaboré avec un petit paquet d’artistes de la scène, si tu avais un artiste à choisir avec qui collaborer pour la première fois ce serait qui ? Et pourquoi ?
Personne, parce que même si j’ai eu la chance d’avoir des collabs fantastiques (Perturbator, Tommy, Dallas Campbell etc) qui se sont super bien passé, je préfère bosser seul. Si un artiste majeur me demandait de lui fournir ma vision des choses au travers d’une collab, je le ferais sans doute. Mais c’est un doux fantasme hein ?
As-tu des side-project ? Si non, une envie peut-être d’en créer, pour changer d’ambiance et explorer un nouvel univers musical ?
Oui, j’ai un side project nommé Mathusalemherod dans lequel je fais un peu tout et n’importe quoi, tant que ça sonne bien. On va dire que c’est plutôt dark. C’est sur Bandcamp, c’est en Name Your Price et j’ai fait un album de Darksynth grosso modo hein, et un EP de musique baroque appelé “Le Roy Se Meurt”, écrit pendant le premier confinement.
Enfin pour finir comme on en a l’habitude chez Synthspiria, ton morceau du moment ?
Je n’en ai pas car j’écoute toute sorte de musique, mais au moment où je réponds, il y a eu, entre autres, les morceaux suivants qui passaient en fond “Last Exit For The Lost” des Fields of the Nephilim, enchaîné sur “Wow” de Kate Bush, enchaîné sur “Entre Dos Aguas” de Paco de Lucia, enchaîné sur “Mediterranean Sundance” du même Paco de Lucia et Al di Meola.
Des fois RNGesus fait des purs choix, ça passe crème.
Un petit dernier mot ?
“Si je n’étais roy, je me mettrais en colère.” - Louis XIV
Merci Dan Terminus !
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