Note : A l’origine “Leslie Nayoko, l’esprit punk dans un ordinateur” pour titre, une erreur du programme est survenue, et c’est parti en couille.
A l’occasion la sortie de son prochain single Dead in Space, prévu le 30 septembre, le très mystérieux et atypique personnage qu’est Leslie Nayoko nous a accordé un peu de son temps pour répondre à nos questions pour en savoir plus sur son étrange personnalité, son parcours sinueux, son approche musicale, son setup et ses différents projets et futures sorties.
Bonjour Leslie, j’ai une première question pour toi : ASV ? Plus sérieusement pourrais-tu globalement te présenter et surtout nous raconter ton cheminement musical de tes débuts jusqu’à aujourd’hui ?
Bonjour Nicolas, je n’ai pas d’âge, je ne vis nulle part et je n’ai plus de sexe… Non, sérieusement je ne suis plus une personne. Je vis dans mon ordinateur. J’ai d’abord dansé sur de la bossa nova quand j’étais très jeune. Ensuite, j’ai découvert Bob Marley à l’âge de 6 ans et j’ai beaucoup aimé. À l’âge de 8 ans, on m’a trouvé Michael Jackson. Ensuite, je dois avouer, j’ai grandi avec de la musique de danse. La vraie musique de danse, de 1993. C’est la seule année de musique de danse. Et d’ici, tout est sorti. Trance goa, Thunderdome, Acid Techno, Breakbeat, Oasis … Ouais, j’ai beaucoup écouté Morning Glory. Et je suis tombé dans beaucoup de vieux sons de techno comme Green Velvet, Laurent Garnier, Scan-x, Jeff Mills et Aphex Twin aussi.
Je jouais du saxophone à l’époque. Et je l’ai vendu pour acheter une Playstation … Old stupid me … J’y ai joué pendant 2 ans, j’ai beaucoup joué à Resident Evil, puis je l’ai vendu pour acheter une table de mixage. Et je mixais la techno que j’ enregistrais à la radio sur des cassettes, c’était pas facile et ça rendait fou mes parents. Ensuite, j’ai eu l’âge de travailler et j’ai acheté 2 platines afin que je puisse finalement bien mélanger la techno et je suis allé vers des sons plus hardcore et plus sombre comme le Breakcore ou le Black Metal. J’avais l’habitude de mixer beaucoup de breakcore dans la cave d’une maison que nous avions avec des amis et je prenais beaucoup de LSD à l’époque. En même temps j’avais une Electribe MX et j’ai composé une dizaine d’albums étranges entre 2003 et 2008, des trucs vraiment expérimentaux, ambient, parfois avec des boucles fruitées.
Et puis j’ai rencontré ce mec, un Tchèque qui m’a proposé de transférer mon esprit dans un ordinateur : Leslie est né.
J’ai fait un Soundcloud il y a quelques années avec certains de ces sons, ça s’appelle Venasc pour ceux qui sont curieux. J’ai donc été expulsé de la maison, haha. J’ai organisé des fêtes dans ma ville de merde dans le sud de la France et j’ai été expulsé du bar dans lequel on jouait … Les gens sont plus Deep House et Techno minimal dans cette région. Et puis ça m’a saoulé de me faire expulsé des lieux et j’ai déménagé à Amsterdam pour un moment. J’avais trouvé une webradio là-bas et je mixais mon breakcore et c’était vraiment sympa, je ne me souviens pas du nom de cette radio, mais c’était vraiment génial.
Je suis ensuite revenu en France et j’ai trouvé un groupe Death Metal en tant que bassiste, mais le groupe a vite splitté. Et j’ai ensuite commencé deux groupes de Stoner / Sludge et Doom metal (Bizarre Lizard et Serpent View), mais ça n’a pas bien fonctionné, je suppose que j’attendais trop des gens. Donc, je me suis retrouvé seul au fond de ma misanthropie et j’ai commencé à refaire de la musique électronique. Et puis j’ai rencontré ce mec, un Tchèque qui m’a proposé de transférer mon esprit dans un ordinateur : Leslie est née.
Je ne sais pas ce qui me perturbe le plus, la réponse d’une quinzaine de lignes ou le fait d’apprendre qu’un tchèque t’a numérisé. Est-ce cela le secret de ta productivité ? A savoir que le 30 Octobre tu en seras à ton troisième EP sorti cette année, tu pourrais nous en parler ?
Mon secret c’est les cacahuètes et l’avoine ! Oui je peux, je crois. C’est un EP que j’ai composé l’hiver dernier, pour la pochette. J’étais sur le point de re-matérialiser, mais Andros Graphix m’a dit, “Hey, tiens, je t’ai fait une pochette.” Les pixels m’ont plu, j’ai composé à fond. C’était l’hiver, il neigeait, tout était calme, d’où le coté ambient. Avec du recul, j’aurai voulu des sons plus lisses… Mais j’ai écouté beaucoup de musique saturée, alors je salis les synthés souvent. Je voulais raconter une histoire, mais je suis pas très doué avec les mots.
Dans un futur proche, la Terre devient inhabitable et un équipage essaye de se rendre sur une planète potentiellement vivable. Le capitaine s’est fait transférer dans l’ordinateur de contrôle du vaisseau alimenté par le magnétisme des atomes, une source quasi infinie d’énergie. Et les membres de l’équipage s’entre-tuent et certains se suicident. Le capitaine se retrouve seul, à flotter dans l’espace, en tant que conscience numérisée. L’album raconte cette histoire. Du début à la fin. C’est une histoire joyeuse !
Mon secret c’est les cacahuètes et l’avoine !
Pour être tout à fait transparent avec nos lecteurs, Andros Graphix c’est moi et c’est vrai que ton humain de compagnie et moi nous nous connaissons bien. L’histoire de l’EP me fait penser à ton histoire, est-ce une autofiction un peu comme pour Amélie Nothomb ? Sinon pour en revenir au son, je trouve que dans tes productions il y a une touche très personnelle et organique pourrait-on en savoir plus sur ton setup et comment tu appréhendes tes compositions ?
Alors, autofiction, j’avais pas pensé à ça, ça parle de moi de toute façon. J’ai pas forcément l’impression de flotter dans l’espace, mais ça doit être ça la sensation d’apesanteur, j’avais pas fait le lien. Et pour le setup c’est tout digital, beaucoup d’émulation analo, j’aimerai vraiment passer en analogique, du moins pour les synthés. Mais pour l’instant c’est digital. Je fais passer mes pistes dans une table de mix analo et compresseur par contre, ça réchauffe un peu. Et puis je passe pas mal de temps à configurer les sons, j’essaye de les faire communiquer en envoyant le signal de certaines fréquences d’un synthé agir sur des paramètres d’un autre synthé par exemple. Ça donne de la vie au son.
Je joue aussi pas mal sur le global tune, les notes sont jamais exactes, pour un mec qui a l’oreille absolue je dois sonner horriblement faux, mais j’aime ça. Et puis sinon je fais très peu d’automation, toutes les variations de filtres, contour sont enregistrées en live. Je trouve ça plus vivant. Le tout donne ce côté organique. Pour les compositions, je n’ai pas vraiment de méthode. Je commence souvent par m’amuser avec le synthé, je cherche une texture que j’aime bien.
Des fois c’est l’inverse j’ai juste une mélodie en tête et je l’envoie en sculptant le son en même temps. Pour Dead in Space, je cherchais cette ambiance de film de science fiction, mais je voulais un truc plus intime, moins feutré que de la musique de film. Les musiques de film sans les images, je trouve ça plat, j’en écoute rarement. Ça me plairait d’en faire, mais sans support visuel, j’ai besoin que les sons prennent plus de place.
Nous arrivons à l’avant dernière question un peu bateau mais néanmoins indispensable, quels sont les artistes synth friendly que tu écoutes en ce moment et/ou qui pourraient être susceptibles d’avoir influencés ta musique ? La question marche aussi pour les films ou autres éléments de la pop-culture.
Synth Friendly ? (rires) Joli terme. Je n’écoute plus vraiment de musique depuis quelques années, je veux dire j’ai plus le temps de me caler un album en mode écoute. Du coup, je peux pas dire. En ce moment quand je décroche 5 minutes du synthé, je mets Thelonious Monk ou Infant Annihilator. C’est pas très synth friendly. Mais allez je fouille un peu dans la mémoire et je te sors les derniers trucs synth friendly que j’ai apprécié : LVX, Réno (ce mec est à suivre il va envoyer du pâté), Chrome Brulée (des maîtres absolus de la musique, à ranger bien haut du lot), j’ai accroché un titre de Nina à fond aussi, et le dernier Fixions.
Après j’ai mes classiques genre Venetian Snares, DMX Krew (qui a été mon premier contact avec les 80’s, je détestais ça avant) l’album Nu Romantix sorti en 97 ou 98. J’ai bien accroché un titre du dernier Rose Thaler, elle a sorti une lead un moment… BIM. Et puis ma découverte de l’an dernier quand même : Joanne Pollock, elle fait de la future pop comme je l’entends, une sincérité rare dans la musique qui sort aujourd’hui. Je vois un peu de Fantom 87 dans l’historique. Le dernier Meteor est bien bon. Je fais un tour rapide sur New Retro Wave des fois, mais c’est vrai que je trouve que la plupart des sortis manquent d’originalité. J’aime les musiques qui ont de la personnalité. Quitte à ce que ça soit sale ou pas très musical. Mais c’est vrai, j’aime bien savoir qu’il y a quelqu’un derrière le son, même si c’est du divertissement. Sinon autant faire composer ça par une IA.
Les machines vont bientôt être surpuissantes. Mais je pense qu’un humain est bien plus complexe quand même.
Et ça commence, le premier album pop composé par IA vient de sortir. Et j’ai trouvé ça pas mal. Mais ouais, je pense pas mal à ça en ce moment. Les machines vont bientôt être surpuissantes. Mais je pense qu’un humain est bien plus complexe quand même. Pour ce qui est des films, bon Tron m’a traumatisé à vie… Je peux pas m’en cacher. Et puis dernièrement j’au eu pas mal l’occasion de me refaire des Giallo pour les clips de la compil’ qui va sortir (ndlr : *touss touss*). Je matais ça ado, et beaucoup de film de Zombies, SF à bloc.
J’aime les musiques qui ont de la personnalité. Quitte à ce que ça soit sale ou pas très musical.
En ce qui concerne tes projets futurs, le live est-il envisageable malgré ton déficit en corps solide ?
Ouai, j’aimerais bien faire du live, mais comme ça doit transparaître dans mes réponses, je suis très instable et éclectique. J’aime bien exprimer plusieurs trucs, personne ne peut prétendre être sombre tout le temps ou euphorique.Nous sommes des êtres changeants, il faut l’accepter et je pense que ça doit s’entendre dans le son. Du coup, je pense ne pas avoir assez de substance encore, donc je compose à fond des trucs très différents. D’ailleurs y a un EP très expérimental qui va sortir d’ici peu, je sais pas si on peut dire qu’il est synth friendly même… Sleepless Rituals. Je commence à avoir une bonne collection de titre, j’essaye de rassembler tout ça pour faire des EP cohérents. Et puis j’ai un full length pop en préparation aussi. Et ça devrait sortir quand ce Tchèque aura fini l’androïde dans lequel je pourrais me mettre , donc je pourrais être là physiquement.
Avant de te laisser, est ce qu’il y a un morceau Synthwave qui t’obsède en ce moment ? Et pour conclure, il y a t-il quelque chose que tu voudrais ajouter ?
En ce moment c’est Autopower de Chrome Brulée !
Et pour conclure, il y a t-il quelque chose que tu voudrais ajouter ?
Ça fait cliché mais big up à tous les soutiens, j’étais pas loin d’arrêter le projet à un moment. Big up à Synthspiria, la Synth Squad aussi qui m’a bien mis la motivation, big up à Burning Owl Records, The 80’s Guy et Retrosynth Records. Merci Nico de m’avoir donner l’occasion de m’exprimer. Je me rends compte que je parle beaucoup haha. Et si quelqu’un lit ça jusqu’au bout, bravo à toi !
Merci Leslie !
Vous pouvez retrouver Leslie Nayoko sur Facebook, Twitter, Soundcloud, Youtube, Bandcamp.
[…] Leslie Nayoko n’est pas humain. C’est un programme. Elle·il a pris conscience de sa propre existence, s’est choisi un nom et a décidé d’utiliser la musique comme moyen d’exprimer ses sentiments et communiquer avec les humains. Entouré de mystère, Leslie Nayoko est extrêmement difficile à rencontrer… Mais heureusement nous connaissons un hacker qui sait comment entrer en contact avec elle·il (après tout, Leslie Nayoko nous avait déjà donné un coup de main sur notre première compilation Memories of Giallo !). […]