Remarquée par la sortie d’un premier EP en 2017, à savoir Strange Valley, mêlant Sci-Fi et EBM aux synthétiseurs, SIERRA n’est désormais plus un petit nom de la scène tant sa musique a réussi à se faire une place dans les contrées étendues de la Synthwave à travers une approche plus abrasive, à l’instar d’un hongrois surnommé Lazerpunk par exemple. Propulsée peu de temps après par Lazerdiscs Records avec un EP plus conséquent, Gone, qui s’orientait dès lors dans une dynamique plus Industrial, et accompagné de remixes : Roüge, TOUTANT et compères, SIERRA a continué sa voie avec une sortie toute récente, un deux-titres allant plus loin : All About Love.
Un deux-titres encore plus marqué par ses influences Industrial, EBM et Techno que par son approche Darksynth, que dis-je… Post-Darksynth ! Et cela, pour une orientation EBSM (Electro Body Synth Music) complètement appuyée, assumée et qui plus est, maîtrisée. A cette occasion de ce nouveau deux-titres, SIERRA s’est prêtée à notre jeu des questions-réponses dans cette interview. On y parle de ses sorties, de l’évolution de son parcours musical au fil de ces dernières, de concerts, de l’impact de la pandémie (putain, encore), de Carbon Killer et d’autres trucs croustillants.
Bonjour SIERRA, pour commencer de manière classique, pourrais-tu te présenter à ceux et celles qui ne te connaissent pas encore ou peu ?
Hello Synthspiria ! Je suis originaire de Paris, et je fais de la musique électronique sous le nom SIERRA depuis maintenant trois ans. J’ai sorti 3 EPs : Strange Valley, Gone et All About Love.
Une arrivée récente dans le milieu, comment es-tu entrée dans le domaine de la musique exactement ?
J’ai commencé à m’intéresser à la MAO il y a quelques années quand je travaillais dans une boîte de prod’ audiovisuelle. J’ai commencé à m’y mettre doucement et à composer mes premières tracks horribles sur Logic. C’était vraiment un loisir mais je sentais le besoin et l’envie d’aller plus loin. Après avoir été sélectionnée lors d’un gros concours de musique organisé par SEAT à Berlin je me suis dit qu’il était temps de se lancer. J’ai pris des cours de mixage, et j’ai composé mon premier EP Strange Valley dans la foulée.
SIERRA fait ressortir toutes mes émotions de manière exacerbée.
Une question me trotte dans la tête depuis ta découverte, le nom de SIERRA se réfère à quoi ? Ce qu’il me vient c’est le développeur Sierra Entertainment mais ça n’a sûrement rien à voir haha !
Si ça a totalement un lien haha ! Quand j’étais petite j’ai passé une bonne partie de mon enfance à jouer à des jeux-vidéo avec mes sœurs. Voir le logo du développeur SIERRA affiché sur mon écran m’a beaucoup marquée. Je voulais aussi un nom qui ait un lien avec mes années passées en Espagne et au Mexique.
Ma première intuition était bonne, comme quoi ! A ce sujet, pour t’avoir déjà rencontré, SIERRA, ne serait-ce pas une version sombre de toi-même ?
Oui il y a de ça mais pas seulement. SIERRA fait ressortir toutes mes émotions de manière exacerbée. J’y mets ma colère, ma joie, ma tristesse, mon côté « warrior » et tous mes sentiments les plus intenses…
Entre la scène Synthwave, qui s’est grandement étendue en termes de genres depuis quelques années, et la scène électronique, plus précisément orientée vers l’Industrial, l’EBM et la Techno, à quel niveau te situes-tu ?
Je pense avoir beaucoup évolué depuis la sortie de mon premier EP. Strange Valley était clairement très inspiré par la Synthwave mais en même temps mes deux titres Hideet Cold Night présents sur cet EP ne rentraient pas du tout dans les codes du genre… Et puis sur mes deux derniers derniers EP j’ai été clairement plus inspirée par l’EBM et l’Industrial Techno sans pour autant rentrer dans les codes de ces genres là non plus. Donc je pense que je suis un peu au croisement de tous ces univers.
Que penses-tu du terme EBSM (Electro Body Synth Music) pour caractériser ta musique ? C’est notre ami The 80’s Guy qui avait lancé ce terme à la suite de sa chaîne secondaire, qu’on pourrait voir comme une continuité à sa chaîne principale, mais dans un côté Post-Darksynth. On aime bien l’utiliser chez nous.
Je pense que l’EBSM est carrément le terme le plus approprié pour parler de mon univers et de ce genre de musique qui n’a pas officiellement de nom pour l’instant. Dans ce terme on comprend la connotation EBM mais on comprend aussi que l’on parle de quelque chose d’assez hybride.
Tu as rapidement fait ton apparition avec une sortie chez Lazerdiscs Records, comment cela a débuté et s’est fait ?
Je suis allée à une soirée Retro Synth Fury au Batofar à Paris et suite à ça je suis rentrée en contact avec Lazerdiscs sur Facebook après avoir posté une photo de la soirée. Lazerdiscs m’ont demandé si j’avais une démo. Je venais de finir mon EP Strange Valley. Et go, c’est sorti quelques mois plus tard.
Dans ton précédent album, il y avait quatre remixes (Roüge, TOUTANT, NEUS, HIPPO), tu as des idées ou des pistes pour les prochains remixes de tes morceaux ?
Mon nouvel EP est en ce moment même en train d’être remixé par deux artistes que j’adore. Je vais garder encore un peu de suspens et ne pas dire tout de suite de qui il s’agit mais, pour donner des indices le premier artiste est un nom assez connu dans la scène EBSM et la deuxième artiste est un nom assez connu pour son travail sur les synthés modulaires. Je vais sortir une édition physique de All About Love avec ces remixes et mes titres en début d’année.
Peux-tu nous parler un peu de ton dernier deux-titres All About Love ? Il y a une volonté de repousser un peu plus les limites que tu explorais déjà avec Gone. Il y a une envie d’aller plus loin. Faire un deux titres c’est une manière d’appréhender cette évolution en douceur si peut-on dire ?
C’est sûr que faire un deux titres permet d’appréhender une évolution artistique en douceur et de « prendre moins de risque » qu’un EP 5-6 titres ou même un album. Mais ce n’était pas l’idée première. J’avais envie de me tester sur un format différent, l’investissement n’a pas été pour autant plus court que mon travail sur mes autres EP.
Y a un lien avec la situation actuelle ? Comme quelque chose à exprimer, une envie de se déchaîner. Par exemple tu parlais précédemment d’une colère exprimée à travers SIERRA. On le ressent notamment à travers ce deux-titres dans sa rythmique, plus soutenue et la globalité qui en ressort, plus brutale, plus frappante. Qu’en est-il ?
Je pense que le fait d’avoir joué beaucoup de live en fin 2019 début 2020 m’a amené à me repositionner aussi sur ma manière de composer. J’avais envie d’avoir des titres qui frappaient un peu plus que sur mon EP précédent dans l’optique d’apporter un peu de puissance sur scène.
Je pense que la vibe EBM/EBSM est celle qui me correspond le plus actuellement.
En parlant de la situation de crise, en tant qu’artiste, comment as-tu vécu le confinement, version 1 et 2 ?
Sincèrement plutôt mal. Parmi les artistes qui m’entourent je réalise qu’il y a deux types de personnes. Ceux qui ont réussi à mettre à profit ce confinement pour composer, créer et prendre du temps pour leurs projets, et il y a ceux pour qui cela a été très dur mentalement et qui n’ont pas réussi à sortir quoi que ce soit. Je fais parti de la deuxième catégorie d’artistes. J’ai commencé cette année 2020 de la meilleure des manières avec ma présélection aux inouïs du Printemps de Bourges, ma tournée avec Carbon Killer. J’avais beaucoup de dates géniales prévues cette année, alors forcément ça a été dur de rester positive quand tout a été stoppé d’un coup. Je vis personnellement beaucoup mieux cette deuxième vague car je n’ai plus d’attente sur les mois à venir. Comme beaucoup d’autres artistes je vis au jour le jour.
Tu m’étonnes, il n’y a plus qu’à attendre pour en voir le bout de toute manière. Revenons à cette évolution dans ta musique, au fil des sorties, on remarque une direction vers l’Industrial complètement assumée. Strange Valley rassemblait plutôt des sonorités de synthétiseurs à une atmosphère Sci-Fi. Gone couplait cela à quelque chose de plus EBM, plus Indus’. Après All About Love, continueras-tu à explorer cette direction ?
Je pense que la vibe EBM/EBSM est celle qui me correspond le plus actuellement. Mais je me sens très ouverte à de nouveaux horizons. J’ai beaucoup d’envies. Je prépare d’ailleurs quelque chose actuellement qui n’aura rien à voir avec ce que j’ai pu déjà sortir et ça me plaît énormément de tester de nouvelles choses.
Quelles sont tes influences au fil de tes productions ? Elles ont dû peu à peu évoluer.
Quand j’ai composé mon premier EP Strange Valley, j’écoutais énormément de Synthwave à cette époque, ça s’est clairement senti je pense. Aujourd’hui j’écoute de plus en plus de Cold Wave, de Techno, de Trap, et en ce moment RAV je suis dans ma période disco.
Tu as pu faire quelques dates sur la tournée européenne de Carbon Killer ? Comment ça s’est passé ?
Je connais très bien Carbon Killer depuis maintenant deux ans. Ma toute première fois sur scène lors d’un DJSet à Bordeaux était à leurs côtés. On a tout de suite bien accroché. On était en contact et on s’est vus quelques fois depuis cette date, alors lorsqu’ils m’ont proposé de les accompagner sur leur tournée j’ai accepté tout de suite. On a passé deux semaines ensemble à traverser l’Europe en mini bus, c’était vraiment incroyable. J’ai eu l’impression de partir en vacances avec des potes, tout en faisant ma passion sur scène tous les soirs. Cette première expérience de tournée était génial et j’ai hâte de pouvoir repartir sur les routes.
Il a sorti son album VR SUN en même temps que ton deux-titres ? Vous êtes de mèches haha ? Il y a un signe d’une collaboration à venir ?
Haha oui on ne s’est pas du tout concertés pour le coup. On a pas encore de collaboration en cours, mais on en a déjà parlé, ça viendra c’est certain.
Avec quels artistes du même acabit aimerais-tu repartir en tournée ?
Pour partir en tournée plusieurs semaines avec d’autres personnes, il faut obligatoirement que ça matche humainement. C’est aussi important que la partie artistique car sinon le voyage peut vraiment se transformer en enfer. Avec CK on s’entend très bien donc le courant passait parfaitement. Je me verrais bien refaire une tournée du genre cette fois-ci avec Lazerpunk en plus.
Ta musique peut aller tantôt sur la scène Synthwave, tantôt sur la scène Techno Underground. Ça a un certain avantage de pouvoir accéder à ces deux scènes ? Quelles différences ressens-tu ? S’il y en a une.
J’adore le fait de pouvoir jongler sur plusieurs scènes mais sincèrement je pense que c’est plutôt un « inconvénient » actuellement. Je ne fais pas de « Techno », je ne suis pas DJ, et ma musique n’a pas sa place lors d’une soirée techno classique. Ou juste peut-être pour deux/trois tracks. Et d’un autre côté je ne fais pas de « Synthwave » et je ne trouve pas totalement ma place dans les soirées du genre. Ce qui manque actuellement ce sont des formats un peu plus hybrides de soirées, qui cassent les codes. Lors de ma tournée avec CK j’ai pu voir plus ce genre de soirées à Budapest, ou Bratislava. On passait de la Synthawave/Darkwave, à de l’EBSM/ EBM sans problème et le public adorait.
On suppose qu’une fois les concerts relancés et on l’espère bientôt, tu seras au rendez-vous ? il y a-t-il déjà des choses qui se préparent, même si compliqués à planifier.
J’ai eu pas mal de dates annulées cette année qui ont été reportées, et annulées encore… Donc je pense que les organisateurs attendent un peu d’y voir plus clair avant de planifier quoi que ce soit. J’ai deux dates confirmées à l’étranger en 2021, mais personnellement je n’ai plus d’attente, je suis prête mentalement à les voir de nouveau annulées haha.
Comment arranges-tu ton set-up live pour différencier la composition de la représentation live ? Pour t’avoir déjà vu, ta musique peut très bien avoir sa place dans un Club (Dark Clubbing disons), mais ta scénographie est plus adapté à un format et un environnement de concert.
Mon set up /composition est très différent de la représentation car je ne compose presque qu’avec des plugins sur Ableton. Forcément du coup quand je passe au live j’ai du faire des réarrangements de mes tracks de manières à voir ce que je jouerai cette fois-ci avec mon synthé ou mon drum pad. Je suis encore en expérimentation et en recherche pour trouver le meilleur format de live pour SIERRA. Je suis constamment en évolution. Mes premiers lives il y a un an n’ont pas grand chose à voir avec mes lives que j’ai proposé lors de ma tournée par exemple, j’essaye constamment d’apporter quelque chose en plus pour rendre le live plus abouti.
On a l’habitude de terminer en musique dans nos interviews. Quel est ton dernier morceau du moment ?
Je suis en boucle en ce moment sur CHAOS de Louisahhh.
Un dernier mot ?
Merci pour l’interview Synthspiria ! Je commence à préparer plein de choses pour 2021. Il y aura des nouveautés dès ce début d’année. A très vite, et merci du soutien !
On a hâte ! Merci SIERRA!
Vous pouvez retrouver notre review récente de All About Love sur Synthspiria. Vous pouvez également suivre SIERRA sur Bandcamp, Facebook, Instagram, Spotify…