Sortez les fringues en cuir, branchez vos Cyberdecks et n’oubliez pas de bien lustrer les chromes de vos prothèses : Digital Fingerprints n’est pas un album de poseurs qui se la racontent, mais un vrai concentré de pure Cyberpunk.
Un truc qui sent les bars crados de Chiba City, la pluie acide et le cerveau de hacker grillé par la Glace Noire.
De manière aussi inattendue que réussie, Wolf Arm est parvenu à sortir un véritable chef d’oeuvre, comme ça, dans l’ombre. Non seulement l’album est excellent, comme nous allons le voir très vite, mais en plus ils ont choisi le français Atomcyber pour faire leur cover : un sans-faute je vous le dit.
On aurait pu ne jamais entendre parler de cet album, mais heureusement, j’ai un Mr. Johnson qui m’a rencardé sur ce boulot. Je vous passe le filon avant qu’un costard corporatiste fasse disparaître tout ça.
Mozart en Verres Mirroirs
Digital Fingerprints n’est pas un album qui raconte une histoire, c’est un enregistrement qui pose un décor et vous emmène directement en voyage en vous prenant par les oreilles. Et j’ai rarement eu l’occasion d’avoir un séjour aussi détaillé, aussi complet et aussi réussi. Dans son approche musicale, Wolf Arm rappelle Lorn, sauf qu’au lieu de décrire un futur post-apocalyptique et désolé, on est ici en plein dans le Cyberpunk le plus pur qui soit.
Attention, la balade qui vous attend n’est pas joyeuse pour autant : mis à part la dernière piste Bonus plutôt sympathique avec ses accents rétro Tape Blazers, on a ici de la Darksynth de compétition, urbaine, sombre, avec cette touche “Bad Ass” difficile à exprimer mais que l’on ressent tout de suite en l’écoutant.
L’intro grandiose qui ouvre l’album sait prendre son temps sans jamais être lente : Launch Window est un véritable tour de force. Dès ma première écoute, j’ai su que j’avais entre les oreilles un album spécial. Il y a beaucoup d’artistes qui font tout pour “sonner” Cyberpunk, qui piquent les nappes de synthé de Vangelis pour rappeler Blade Runner, mettent quelques carillons style asiatiques et balancent quelques grésillements pour faire un peu bruitiste. Wolf Arm ne donne même pas l’impression d’essayer et pourtant, le résultat est vraiment Cyberpunk As Fuck. Plz que quelqu’un dise à CD Projekt Red d’embaucher cet homme pour la BO de Cyberpunk 2077… Ou à Netflix pour celle de la série Carbone Modifié.
Tomorrow’s Parties
Le duo de morceaux qui suit est le plat de résistance de l’album : on a d’abord Pulsewaves, un single à l’atmosphère nocturne et urbaine comme je les aime qui reste collé dans la tête, même si on est bien loin d’écouter de la pop. Le suivant Star Raider nous emmène un peu plus haut, balade spatiale rythmé catchy (avec un super pont chiptune vraiment réussi). Probablement le truc que j’écouterais dans mon VTOL… Si j’en avais un…
Pour les mecs qui sont pas trop nouvelles tech, un VTOL, c’est un appareil volant qui peut décoller et atterrir à la verticale, les voitures volantes quoi.
Cloaking Mod est mon petit pêché mignon. Ce morceau a tellement la classe : une version SF des musiques d’agent secret, le truc bien stylé. Et pourtant, y’a des voix vocodées dedans, ce que d’habitude je n’apprécie pas trop… Mais là, c’est utilisé avec intelligence et parcimonie, et ça renforce encore plus le morceau, déjà bien intense pour un mid-tempo !
Câblé
Alors que je pensais que Digital Fingerprints ne pouvait pas être plus cool, Nice Toys est venu me prouver le contraire avec un solo de guitare tellement plein de sentiments, de nostalgie et de désespoir typiquement Cyberpunk que j’en ai senti tous mes poils se hérisser. Synth Disposal relance la machine électro et est peut être le plus proche de ce que serait un morceau dansant de Wolf Arm (en tout cas, moi, je me suis dandiné sur mon fauteuil… Mais dandiné de manière Cyberpunk, rassurez-vous. Ça fait un peu comme ça… Voilà… Vous voyez ?).
Après Electric Skys, petit interlude musical sympa de moitié d’album, Tangos for Cash ne perds pas de temps et nous plonge au beau milieu d’une course poursuite dans le Sprawl avec un basse grondissante et des bruits de moteurs et de sirènes de police (oui, “grondissante”, c’est une contraction de “Grondante” et “Bondissante”. Maintenant arrêtez de m’interrompre s’il vous plaît !). De quoi plaire aux fans de films d’action et d’Outrun, mais par contre la Countach est restée au garage.
I am the Night
Wire Veins est un morceau plus menaçant, et c’est dans sa première partie qui se veut plus sombre qu’on se surprends à trouver une certaine parenté entre Wolf Arm et Perturbator. Il est vrai que les deux artistes ont un univers assez proche. Mais le morceau s’éclaircit vite et nous renvoie dans les dents un autre solo de guitare très bluesy bien senti. Vraiment, ces solos déboîtent. Si si j’insiste.
NoThing Traceable nous ramène dans l’ambiance “Covert Operations”, genre la musique que vous entendriez dans un film d’agents secrets Cyberpunk. Avec style et grâce, on se faufile jusqu’au dernier morceau de Digital Fingerprints : Fatal Chase. Avec un nom comme ça, vous vous doutez bien qu’il s’agit encore une fois d’un morceau aux inspirations Outrun assumées, avec de nombreuses nuances là encore très classieuses (la construction du morceau est assez ouverte, avec plusieurs plages calmes, des ponts variés…). Un dernier petit bijou avant de nous quitter.
Les Mailles du Réseau
Vous l’avez compris, Digital Fingerprints est une claque virtuelle venue de la matrice, directement amenée à mon cerveau via mon datajack sur la tempe. Plus qu’un album, c’est tout un genre qui prends vie grâce à ces sons, ces mélodies, ces ambiances… Mr. Wolf Arm, je ne vous connaissais pas, je ne vous connais toujours pas d’ailleurs, mais je vous remercie. J’ai eu vraiment beaucoup de chance de tomber sur votre musique, comme ça, par hasard (en réalité, via la page Facebook d’Atomcyber), et j’ai écouté cet album pendant tout un mois sans jamais m’en lasser. Et c’est pas fini ! Une chance qu’il ne soit pas passé… entre les mailles du réseau.
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