Amis amateurs de synthwave classique, des neons à papa et de la douce chaleur californienne évoquant les images de palmiers à perte de vue en bord de plage, passez votre chemin. Ici, vous entrez dans l’antre sale et suintant de McClane. On peut même dire qu’on s’éloigne carrément du délire initial pour se plonger dans des abysses malodorantes de violence et de jusqu’au boutisme musical. Et si vous êtes là à vous demander pourquoi je vous en parle alors que ça n’a rien à voir avec la choucroute, je me permettrais d’une part de vous tutoyer et d’autre part de vous renvoyer non sans une certaine véhémence au titre de l’album chroniqué aujourd’hui.
TAMERLAPÜTH
Cet album, je voulais en parler depuis que l’on vous a évoqué sa sortie dans notre synthcalendar. Vous connaissez déjà le bonhomme, on vous a parlé de ses sorties atypiques et il s’est même prêté au jeu de l’interview. On va pas vous refaire l’historique de McClane. On est bien ici plus proche d’un indus sous amphet, d’un gabber lors d’une messe noire ou d’un grindeux copulant salement avec une hippie pendant une teuf que de tous vos délires retro machin chouette.
Il y a chez ce grand gaillard un je ne sais quoi qui me parle, un écho de violence et de je m’en foutisme. La seule fois où je l’ai vu en live, le mec a torché son set en 45 minutes sur l’heure et demi prévue et s’est cassé. À l’inévitable question “mais que s’est-il donc passé mon bon monsieur?” il ne répondra qu’un court mais sans appel “bah j’avais fini mon set, j’allais pas rester”. Le mec fait ce qu’il a à faire, sans chichi, sans posture, et sans fioriture. On va le voir, cette nouvelle galette reflète exactement ceci.
Dernier avertissement avant de descendre en ascenseur dans la cave où on a enfermé la bête, ça va faire mal.
TONPERLENUK
L’album s’ouvre sur un Vomit the Blood bruitiste, dans lequel la batterie fait écho aux cris et à une basse toute en distorsion. Ça fait pas une minute qu’on a lancé la playlist et déjà le ton est donné. Oubliez la joie, oubliez la mélodie. Ne doivent rester que les essentiels, la violence, le vrombissement continu et la rythmique.
Dès l’intro de Savage Forteress, on part sur un bon rythme crust avec une énergie faire voler n’importe quelle paire de tympans en éclat. Les synthés cradingues couvrent à peine un gargarisme gras de voix entremêlées. À peine l’oreille a le temps de se faire une idée de ce qui est en train de lui arriver, que le son se coupe, les rythmiques varient entre martialisme, breaks et blast beat. L’orgue se renforce, entremêlé de vocaux criés, simples mais efficaces. L’instru boucle et ce petit D-Beat de derrière les fagots vient donner un coup de fouet. On en est qu’à la seconde piste, et on est habitué d’une furieuse envie de casser des dents avec un marteau. Profitez de la joie que procure ce morceau, ça ne va pas durer.
SUSSUNANE
Sun God débute sur une base très black metal symphonique. Des orgues lents, des cris apeurés, et une rythmique saccadée qui viennent donner un goût de GosT à l’album. Vous le savez, venant de mes petits doigts boudinés, c’est l’un des plus beaux compliments. Mais rapidement, McClane nous rappelle qu’il n’est pas là pour faire “comme”. Le son gabber se mêle alors à un blast beat de l’enfer à une BPM effréné ! Les vocaux guturaux en fond ajoutent cette petite touche de malsain à l’ensemble, qui n’en manquait déjà pas.
Et bon sang que ce morceau est long ! C’est une véritable torture, mais dans le bon sens du terme. La torture cool comme dirait Kev Adams. Le tempo se pose un tantinet le temps de se dire “oh bah ça va en fait, il est soft monsieur Lane”, avant que ça ne reparte de plus belle en grand n’importe quoi jouissif. En écoutant cette piste, on s’imagine sans peine dans des catacombes en russie, vêtus de notre plus bel ensemble Adidas noir, pendant que quelqu’un se fait éventrer dans les chiottes et filmer sur snapchat. C’est la fête, c’est un peu étrange, on a envie de partir, mais la fascination morbide nous pousse à regarder le spectacle jusqu’au bout en sirotant une autre vodka. Vous voyez le genre ?
BZLPTH commence tout en subtilité mais on sent bien que ça ne va pas durer longtemps. C’est presque trop mélodique pour être vrai. Même l’artiste semble s’en rendre compte et hache l’intro avant de nous servir un bon vieux bouboum des familles sous acide. Là encore, le blast beat fini par prendre le dessus sur le beat techno, dans l’union incongrues des sonorités metal et électro comme seul McClane semble capable de nous en servir ces dernières années. La petite pause marquée n’est qu’une invitation à se mettre sur la gueule entre pote avant que le son funky du début de morceau ne vous fasse sauter partout, la bave au bord des lèvres.
Et alors que l’on était dans le feu de l’action, tout s’arrête. Plus de batterie, plus de voix en fond. Comme si la schizophrénie s’arrêtait un instant. Le morceau est porté par une vague de synthé sombre et froide. La batterie revient donner un battement de cœur à l’ensemble, les voix reviennent, la tristesse reprend le dessus sur la folie, les deux étant finalement intimement liées dans la prod. Et tout s’arrête, presque sèchement, sur un grésillement. On vient de passer une porte, d’atteindre un palier duquel on ne pourra pas revenir.
MANJTEHMOR
On en est seulement à la moitié de l’album. Lifeless Killah vous met d’entrée de jeu le nez dans le plat. Directement une grosse batterie, un gros son et une voix que ne renieraient pas certains groupes de grind. C’est gras, c’est lourd, c’est sombre. Ici le côté électronique ne sert qu’à rajouter une couche de bruit à cette lasagne de violence. Aux alentours d’une minute cinquante, on arrive carrément sur une petite mosh part qu’on avait pas venu venir, avant que tout ne sombre dans les tréfonds de l’angoisse que seul le meilleur black metal peut nous faire ressentir. Et puis on tabasse. J’ai pas d’autre mots. La batterie se fait malmener, on n’entend qu’elle à travers le grésillement omniprésent. On ne joue plus, on frappe. Fort et sans discernement. Ce titre nous mets K.O. physiquement et émotionnellement.
Et pendant que vous êtes lessivé, Pigs of Mockery vous traîne de force dans la danse. Il vous prend par la main et vous fait descendre une à une les marches vers votre descente aux enfers. Le beat gabber caractéristique de McClane ne lui sert que de prétexte, de transition pour vous introduire à grand coup de poings dans la gueule à la lourdeur. Petit à petit, comme une respiration bienvenue, ces moments sombres vous offrent l’occasion de reprendre votre souffle. On en vient à aimer ce son résolument triste, à chérir la noirceur tant les phases ne emmenant vers elle nous violentent.
Et l’on se retrouve les yeux errants dans le vide, perdu au milieu de ces orgues qui montent pendant que l’on descend en spirale de plus en plus profond, sous les couches de mélancolie. “Vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir”. On est à l’opposé total de toute feel good music. Et tout reprend de plus belle, plus fort, plus rapide, plus violent. Comme pour vous dire que vous ne faites que commencer à creuser alors que vous pensiez avoir touché le fond.
TONFRAIRHVOT’MACRONIST
Blunt Cunt Punk, c’est cet hymne de boss de fin. Tout le monde connait ce trope de jeu vidéo. Au plus profond du désespoir, dans les recoins les plus sombres qui nous habitent, vous devez vous battre contre vous même. Ce morceau est l’illustration musicale parfaite de ce cliché. Le morceau précédent vous a fait atteindre le fond, maintenant place à la bagarre. L’ambiance est pesante, épique, et entre vous et votre doppelgänger, il ne peut en rester qu’un. Je n’ai même pas envie de parler de la façon dont ce titre est composé, des instruments ou types de rythmes que vous y trouverez. Son intérêt n’est pas là, mais dans la douleur que vient vous asséner cet affrontement pour votre survie mentale.
Et puis aux alentours de 4 minutes on entre en phase 2. Vous pensiez prendre le dessus mais rien n’est joué. Tout s’intensifie. On entre dans les derniers échanges de coups, les derniers espoirs. L’attention est à son maximum. La tension aussi. À la fin du titre, quelle que soit l’issue de ce combat interne, vous vous rendez compte qu’il n’y avait rien à y gagner.
Et puis aux alentours de 4 minutes on entre en phase 2. Vous pensiez prendre le dessus mais rien n’est joué. Tout s’intensifie. On entre dans les derniers échanges de coups, les derniers espoirs. L’attention est à son maximum. La tension aussi. À la fin du titre, quelle que soit l’issue de ce combat interne, vous vous rendez compte qu’il n’y avait rien à y gagner.
Le dernier morceau de l’album est le plus long. Plus long encore que cette review. C’est peu dire. Pendant 2 minutes, McClane vous laisse reprendre votre souffle, compter les coups, bander les plaies sous une atmosphère étouffante. Et alors que vous commenciez à vous endormir sur vos lauriers, il vous assène un dernière grande claque dans la tronche sous la forme d’un gros blast beat saccadant les nappes d’orgue.
On frise la claustrophobie. La lourdeur de la mélodie vous écrase pendant que la batterie fait perdre tous repères. Et puis on se relève. Lorsque la batterie ralentit on pense pouvoir respirer à nouveau, comme un soulagement. Quelle erreur ! L’ambiance se fait alors plus sombre encore. Ces voix en fond hurlent, vous arrachent les entrailles. On en vient à regretter que le rythme de la batterie soit si lent.
La pesanteur se fait sentir à chaque note, à chaque coup de tom basse. Et nom de dieu ce n’était que la moitié du morceau ! Après un court instant à un rythme humain et agréable à l’oreille, on repart à une vitesse folle sur ce blast beat infernal. C’est pourtant une rythmique que j’apprécie particulièrement, mais couplée à la noirceur de ces orgues, elle devient invivable.
Ce blast beat dans ce morceau, c’est le vilain d’un slasher movie dans un manoir. On sait qu’il est là, on sait qu’il va revenir, sa présence nous accable et nous effraie, mais l’angoisse qui la précède est insoutenable. Bon sang que ce morceau est bien ! Lors qu’arrive la onzième minute, c’est un soulagement bienvenue. La fin de ce voyage éprouvant, la fin de ce Tamerlaputh qui a joué avec nos émotions du début à la fin sans discontinuer.
SODHOMYOVERPILAI
Si jamais vous pensiez encore que monsieur McClane était proche de la scène synthwave, ce dernier opus en date vient vous montrer à quel point vous avez tort. On est peut-être sur de la musique composée sur ordinateur à base de synthés. Mais ici point de son rétro, pas d’effet de mode, pas d’inspiration de la trinité, rien. Les codes, les étiquettes, ce n’est pas pour cet homme là, et c’est pas plus mal. Cela faisait bien longtemps qu’un album ne m’avait pas autant pris aux tripes. Pratiquement dans le sens littéral du terme.
C’est sale, c’est sombre, c’est assommant, c’est unique. Et si je vous en parle ici, c’est parce que je pense sincèrement qu’on a ici quelqu’un qui a compris pourquoi il faisait de la musique, à su jouer avec un style, y être associé, le décortiquer, le contourner, le dépecer et s’en détacher pleinement.