Il y a quelques mois, lorsque je chroniquais le premier album de Wolf Arm, Digital Fingerprints, je savais que j’avais entre les oreilles un grand album mais j’ignorais encore qu’il viendrait à faire partie de ma vie quotidienne. Sans rire : c’est l’album que j’ai le plus écouté cette année. Et de loin.
C’est l’un des rares qui soit à la fois dans mon téléphone, sur mon PC privé, mon PC au bureau, et dans ma voiture. Et vous savez quoi ? Malgré toutes ces écoutes, malgré le fait que je connaisse par cœur cet album, il arrive toujours à me surprendre. Il y a toujours un petit quelque chose en plus que je viens à remarquer, un détail, une mélodie, une image même, car cette musique est extrêmement évocatrice de paysages Cyberpunk.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Wolf Arm ne fait pas dans la Pop catchy, facilement mémorisée, facilement oubliée.
Ses compos lancinantes, à la fois futuristes et nostalgiques, pourraient toutes faire office de bande-originale pour un film Cyberpunk, et en tant que telles, elles nécessitent un petit effort de la part des auditeurs pour les écouter dans de bonnes conditions et attentivement… mais c’est un effort qu’elles vous rendront largement !
Écoute après écoute, ces chansons se sont imprégnées dans mon cerveau, et plus je les aient écoutées, plus je les aient appréciées. Digital Fingerprints, c’est l’un de ces albums qui a l’air de rien au premier abord, mais qui en réalité ne vieillit et ne devient jamais redondant.
Alors quand Worlf Arm a annoncé Unsigned Code, mon premier réflexe a été de me dire “Mais… C’est trop tôt ! Je crois pas encore être arrivé au bout de Digital Fingerprints !”. Et puis après j’ai été anxieux, parce que je me suis dit que ça allait être ultra galère d’écrire une review pour un album probablement de la même ampleur le jour de sa sortie… Mais c’est pas grave : je tente quand même. Désolé : Pavé incoming… Mais là encore, Unsigned Code n’est pas une oeuvre qu’on puisse critiquer en 2 minutes !
Gravé sur Chrome
Déjà, les fans peuvent se rassurer : Unsigned Code ne modifie pas complètement la recette de Digital Fingerprints. Nous retrouvons ces longs morceaux, sinueux, qui nous emmènent de ruelles sombre derrière les bars de Fixers jusqu’au plus haut des arcologies corporatistes. Le décor reste le même, l’esprit est toujours présent… et les compositions sont toujours aussi hallucinantes, plus même.
Le changement majeur qui saute aux oreilles, c’est que Wolf Arm a légèrement alourdi son son en laissant plus de place aux guitares (à la fois dans le mix, mais aussi en quantité). Les solis parfois presque shreddés ne font jamais cheap, jamais too much, et servent toujours le propos à la perfection.
Cette nouvelle épaisseur permet de donner plus d’impact aux mélodies, et plusieurs fois, dès la première écoute, je me suis surpris en train de remuer la tête et taper du pied, instinctivement. Sans aucun doute, Unsigned Code est plus accessible que son prédécesseur. On pourrait penser que cette accessibilité vient au prix d’une simplification des morceaux ? Et bien pas du tout !
Identification des Schémas
Tout comme son ainé, l’album commence par une longue intro qui monte doucement mais sûrement mais sûrement en intensité. Si nous étions dans un film, Cloud Rift accompagnerait un plan large d’une ville Cyberpunk, avec les néons et les hologrammes partout, Blade Runner Style.
Tout de suite après, c’est Neon Horizon. Ce morceau est l’un de ceux qui ressemble le plus à Digital Fingerprints. Sympa de ne pas bousculer les habitués ! On retrouve les sonorités légèrement asiatiques, mais avec cette fois des couches de basse bien plus costaudes. Le résultat est plus lourd, diablement efficace… et rythmé, surtout dans le dernier tiers de la chanson où tout s’accélère !
Cobra Blood poursuit sur la même lancée. Le son y est grave, la rythmique implacable, nous restons dans les ténèbres si ce n’est pour les quelques éclaircies emmenées par les lignes claires et dispersées au synthé. On remarquera aussi que Wolf Arm s’amuse bien plus avec des samples vocaux pour souligner ses ponts et ses breaks, les rendant plus marquants par la même occasion !
Solo of Fortune
Histoire de varier les contrastes, Another Hero est elle une piste bien plus lumineuse. Les couches de synthés aériennes accompagnent un solo de guitare fleuve à couper le souffle.
Plein d’émotion, il s’étire sur quasiment tout le morceau et va vous faire dresser les poils comme le solo d’un bon vieux blues… Ou d’un vieux Pink Floyd.
Et tout ça sans quitter le cadre Cyberpunk. Un morceau incroyable !
The Young est lui aussi un morceau “signature” de Wolf Arm, un morceau qui aurait pu figurer sur le premier album même. Tous les éléments sont là, avec néanmoins cette production plus joufflue, ainsi que quelques riffs de guitare qui viennent souligner habilement certains accents, et certains SFX qui permettent de clôturer la piste et d’introduire la suivante.
Avec son doux solo de piano pour commencer, They Won n’est clairement pas la piste la plus joyeuse de l’album. Elle aussi fortement chargée en émotion, cette courte piste ambiante permet de faire retomber la pression et de laisser souffler l’auditeur avant la dernière partie de l’album… Ils ont peut être gagné une bataille, mais certainement pas la guerre.
L’Âge de Diamant
Ghost Machines est un morceau extrêmement cinématographique. C’est bien simple, écoutez les yeux fermés, et vous pouvez vous même vous imaginez les plans qui seraient utilisés avec la musique. Une BO de compet’.
Et pourtant, il s’agit d’un morceau vraiment complexe, avec un nombre infini de couches de synthé qui s’empilent toutes pour donner ce chef d’oeuvre de 3 minutes.
A New Rig durci un peu le ton, et ajoute ajoute surtout quelques riffs piqués de guitares qui tuent tout en restant pourtant au second plan. Synthé et guitare se mélangent et s’équilibrent comme un Ying Yang musical. Les deux instruments se complètent sans jamais se marcher dessus. Et c’est vraiment intelligent et bien amené, car la gratte amène son groove sans piquer la vedette au synthé, qui lui donne la mélodie principale.
Attention, là on arrive sur mon petit chouchou : Chrome Sunset, c’est la progression logique de l’album, un résumé complet, on a d’abord ce son de basse au synthé qui claque dès la fin de la petite intro… Puis les séquences mettant en scène le synthé et la guitare s’enchaînent et se répondent, tout en variant les ambiances, les décors, les tempos, les couleurs… jusqu’à l’apothéose finale où tous les instruments et sons se rejoignent dans une explosion sonore. Bluffant.
Furies Déchaînées
Et ce n’est pas fini, To The Reactor est une cavalcade endiablée shreddée façon rétro complètement imparable. Quelle puissance, quelle passion, cette piste pourrait accompagner n’importe quelle scène de course poursuite et coller une patate de malade. Même quand Wolf Arm s’approche de l’Outrun, le résultat est démentiel ! Les fans de gratte ne peuvent pas manquer ce morceau.
Difficile de reprendre ses esprits avec une telle claque, mais il faut bien continuer : il reste encore 3 morceaux ! Visionaries revient à un tempo plus mesuré et à des ambiances plus sombres et urbaines pour nous aider à redescendre en douceur, puis vient Fall Of The Citadel…
Ambiance de pluie, intro archi rythmée, puis on retrouve cette basse synthé complètement distordue, les instruments s’enchaînent et se répondent de plus en plus fort pour un dernier tour de piste qui s’annonce épique. Et comme d’habitude, le résultat ne déçoit pas : après un break d’enfer, la mélodie s’envole, les instruments s’emballent, et tout cela dans une clarté incroyable et avec là encore un impact lourd, aussi bien sonore que émotionnel. Une bien belle façon de clore l’album !
Ha mais non, attendez, il en reste encore ! Lazer Walkers est un bonus track bien fun, du genre haletant avec ses arpèges galopants et ses nappes de synthé légères et speed. Une dernière fois sur l’album, l’alchimie synthé / guitare va vous décrocher la mâchoire lors du solo final de malade. Un solo énorme, qui en met partout, comme on aime. Wow.
La Machine à Différences
A la première écoute, j’ai d’abord pensé que Unsigned Code était une évolution naturelle de Digital Fingerprints, mais comme toujours avec Wolf Arm, les premières impressions sont trompeuses. Il est définitivement plus heavy et péchu, tout en gardant la discrétion et la réserve qui caractérise l’artiste (je veux dire par là qu’il reste sobre dans les effets et ne cherche pas spécialement à faire exploser nos enceintes).
On trouve aussi un travail sur l’habillage de la musique, là encore, en toute retenue : les samples vocaux sont utilisés avec parcimonie pendant les morceaux, et on entends plein de petits détails sonores qui viennent appuyer et aider à ponctuer les morceaux. Là encore, de nombreuses écoutes seront nécessaires pour bien capter toutes les subtilités de l’album. Je crois que je n’en ai définitivement pas fini avec Wolf Arm !
Enfin, et c’est là le véritable point fort de l’album, c’est cette maîtrise du mariage synthé et guitare qui n’a franchement jamais aussi bien fonctionné. On atteint des sommets, le duo fonctionne à la perfection. Là où Digital Fingerprints pouvait parfois sembler froid et austère comme le chrome d’un membre cybernétique, Unsigned Code est plus humain, gorgé d’émotions, de feeling.
L’Âme au cœur de la Machine : voilà ce qu’est Unsigned Code.
Du fond du coeur : merci Wolf Arm !
Et les connaisseurs l’auront reconnu : on ne change pas une équipe qui gagne : la somptueuse pochette est toujours signée Atomcyber. Allez faire un tour sur son Facebook, ses artworks sont toujours aussi magnifiques ! Un véritable duo de choc !